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L’auteur est président du Mouvement Québec Indépendant (MQI) et auteur de l’essai « Le sens du pays ».
Certains observateurs politiques ont commenté l’annonce de la tenue du référendum après le départ de Trump, en soutenant que le Parti québécois chercherait à « tasser le référendum » [1]. Même si l’accusation est injuste, le Parti québécois consacrant dans son budget 138 millions de fonds publics à la préparation du référendum, le doute, lui, ne tombe pas du ciel.
Dans les huit dernières élections québécoises depuis le référendum de 1995, les plans de campagne des partis indépendantistes n’ont porté que sur des mesures réalisables avec les moyens limités d’une province plutôt que montrer ce qu’un Québec devenu pays pourrait enfin décider par lui-même, pour lui-même.
Une campagne de « bon gouvernement » ?
En mettant au cœur de sa campagne la critique du bilan du gouvernement sortant et ses propositions provinciales, le Parti québécois risque de reproduire précisément la stratégie qui maintient l'indépendance dans le surplace depuis 30 ans : promettre de mieux gouverner le Québec sans convaincre pourquoi il faut sortir du cadre qui limite ce gouvernement.
L’Histoire récente nous montre qu’un projet politique qui n'occupe pas l'espace public pendant les périodes électorales ne peut progresser dans l’opinion publique. Une idée politique qu'on réserve pour après l'élection ne gagne pas les cœurs et les esprits, elle en perpétue la provincialisation.
À titre d’un des doyens du mouvement indépendantiste, je me permets de suggérer au chef du parti québécois de répondre à ses opposants en faisant la promotion du contenu de son Livre bleu, donc d’un Québec libre de ses choix : présenter des projets indépendantistes comme une suite nécessaire à donner aux mesures à court terme qu’il propose de mettre en œuvre avant le référendum.
Un exemple est celui de la défense de notre souveraineté culturelle, menacée par l’emprise des géants du numérique, dont les algorithmes de recommandation défavorisent les contenus culturels d'ici. En 2024, parmi les 20 artistes les plus écoutés en continu au Québec, seuls deux étaient québécois, et les œuvres francophones représentaient à peine plus de 8 % des 10 000 titres les plus écoutés. De plus, 92 % des 15-20 ans peinent à repérer les créations québécoises sur les plateformes numériques.
Le Parti québécois vient de proposer à juste titre des mesures budgétaires dans le cadre provincial pour favoriser la culture québécoise sur les plateformes numériques. C’est une première étape que l’on peut faire en début de mandat avec la moitié des budgets d’une province. Mais pour aller plus loin, le Québec aura besoin de mesures règlementant les infrastructures de télécommunication dont la responsabilité relève du gouvernement Ottawa.
Face aux blocages actuels, impossible de mettre en vigueur la loi du Québec sur la souveraineté culturelle et la découvrabilité des contenus francophones dans l’environnement numérique, la loi 109 adoptée en 2025. Les reculs récents du gouvernement Carney, entre autres, sur la taxe Netflix, montrent bien que la souveraineté culturelle du Québec demeurera symbolique tant qu’Ottawa disposera de la souveraineté sur les télécommunications du Québec. À l’instar de l’Europe, un Québec pays pourra, comme en France et en Espagne, imposer des seuils de diffusion au Québec en langue française sur les plateformes numériques.
La culture fournit ici un modèle de campagne: montrer ce que Québec peut faire dès maintenant, dire exactement où son statut provincial l'arrête, puis montrer ce que l'indépendance permettra de faire. Le même exercice peut être mené en matière d'immigration, de langue, d'environnement, de fiscalité ou de relations internationales. L'indépendance cesse alors d'être une promesse reportée à 2029 : elle devient concrète et actuelle, la conclusion logique des problèmes politiques discutés aujourd'hui.
Il faut rappeler ici la lutte du Parti québécois sur le serment à la royauté britannique. La détermination du chef du PQ et de ses collègues a largement contribué à leurs victoires subséquentes aux élections partielles depuis 2022. Le Parti québécois a regagné un appui populaire massif en ignorant les mauvais conseils attentistes qui lui suggéraient plutôt de se conformer sagement au régime ambiant. Actuellement, la campagne péquiste doit se démarquer davantage pour sortir du lot des promesses électorales de tous les partis : un parti de changement doit être davantage mobilisateur pour capter l’appui des générations.
Le défi du parti québécois n'est donc pas seulement de convaincre les électeurs qu'il ferait un meilleur gouvernement que ses adversaires. Il est de les convaincre que le meilleur gouvernement provincial restera précisément cela : un gouvernement provincial, dépendant, limité dans ses choix et ses actions. Si le parti québécois veut tenir un référendum et le gagner, la campagne référendaire ne peut attendre après l'élection, elle doit se poursuivre maintenant.
[1] Guillaume Bourgault-Côté, Tasser le référendum, l’Actualité, 20 août 2026.

