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Le Parti Québécois égrène ses promesses électorales au jour le jour. Plusieurs ont pour objectif d’aider les ménages à faire face à l’augmentation du coût de la vie. Fort bien. Mais la mesure la plus simple et la plus efficace est absente : l’augmentation du salaire minimum et des prestations aux retraités.

Nous sommes aussi toujours dans l’attente de mesures progressistes capables de rallier les organisations syndicales et populaires et, plus globalement, l’électorat progressiste, qui a constitué historiquement la base électorale du parti. Un minimum serait l’abrogation des lois antisyndicales adoptées par la CAQ.

En fait, nous en sommes loin. La promesse phare du PQ est empruntée au Parti Conservateur d’Éric Duhaime, soit la réduction de la taille de l’État, qui soustrairait 6,3 milliards en trois ans au budget de l’État et se traduirait par l’abolition de l’équivalent de 16 000 postes à temps complet.

Dans une entrevue avec Patrick Audy, vice-président du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), notre collaborateur Luc Allaire en a démontré les conséquences désastreuses sur les services publics.

Les conséquences politiques et électorales d’une telle approche sont non moins déplorables.

Une attaque contre la gauche

En voyant Nicolas Marceau présenter le cadre financier du PQ, je me suis rappelé la publication de son livre Une fois le Québec souverain (VLB éditeur) et mon appréciation de son propos à l’époque. En la relisant, je me suis posé la question : Nicolas Marceau est-il l’inspirateur de la plate-forme électorale?

Je reproduis ci-dessous de larges extraits de ma critique du livre de Marceau.

Marceau y va d’une attaque en règle contre la gauche indépendantiste. « Le temps est donc venu, écrit-il, de se questionner sur l’association historique et automatique du mouvement souverainiste avec la gauche ». Il estime que « le mouvement souverainiste doit repenser son positionnement sur l’axe socio-économique ». En clair, il faut arrêter de promettre « plus d’État » et faire plutôt miroiter qu’un Québec indépendant permettrait… des baisses d’impôt !

Marceau reconnaît l’héritage social-démocrate du Parti Québécois des années 1960 et 1970, mais le « grand rattrapage » aurait eu lieu et il faut désormais s’adapter à l’air du temps, c’est-à-dire « à l’individualisme et au désir de consommer » de nos concitoyens. La social-démocratie est en panne, capitulons devant le néolibéralisme !

Sa thèse voulant que le Parti Québécois se serait entêté au cours des dernières décennies, pour son plus grand malheur, à « conjuguer social-démocratie et souverainisme » ne tient pas la route.

André Boisclair voulait rompre avec le mouvement syndical. Pauline Marois a expulsé le SPQ Libre des rangs du parti pour avoir contesté son nouveau credo de l’enrichissement individuel en rappelant que le seul véritable enrichissement était collectif. Elle n’a réussi à prendre le pouvoir qu’en effectuant un virage à 180 degrés lors de la grève étudiante du Printemps érable.

Que dire de l’élection à la tête du parti de Pierre-Karl Péladeau, le roi des lock-out! Quant à Jean-François Lisée, il a mis hors-jeu l’autre volet de la « conjugaison » en reportant l’indépendance aux calendes grecques.

S’inspirer de Parizeau, non de Bouchard

À ses origines, le Parti Québécois a rassemblé les forces vives de la nation. Les revendications syndicales et populaires ont été traduites en législations linguistiques, culturelles, sociales. Ces mêmes organisations syndicales et populaires ont fourni l’ossature organisationnelle qui a permis de gagner des élections et de mobiliser la population lors des deux référendums.

Monsieur Parizeau l’avait compris. Aussi, lors de la Marche des femmes du Pain et des Roses de 1995, il a promis une législation en faveur de l’équité salariale, qui a rallié Françoise David et les organisations féministes au sein des Partenaires pour la souveraineté.

Lucien Bouchard ne l’avait pas compris. L’augmentation de dix cents du salaire minimum, annoncée en réponse à la Marche mondiale des femmes de l’an 2000, a été perçue comme une insulte, ce qui a amené Françoise David et ses partisanes à fonder Option citoyenne, un des groupes fondateurs de Québec solidaire.

Pour justifier sa démarche, Nicolas Marceau nous sert la célèbre phrase de Bernard Landry : « L’indépendance n’est ni à gauche ni à droite, elle est en avant. » C’est la dénaturer. Monsieur Landry avait accepté notre idée de création de clubs politiques, dont le SPQ Libre, au sein du PQ. Sa regrettable démission a empêché le rassemblement au sein du PQ de plusieurs clubs politiques de différentes obédiences, chacun faisant la promotion de ses idées pour leur inscription dans le programme du parti.

Revenons sur le cas d’André Boisclair. Son entourage s’extasiait devant le New Labour de Tony Blair et ses trois mandats consécutifs, dont ils avaient surtout retenu sa rupture avec le mouvement syndical.

Boisclair y était allé d’une déclaration choc : « Finis les soupers bien arrosés avec les chefs syndicaux », propos qui – nul besoin de le préciser – avaient été très mal reçus dans les milieux syndicaux.

Mais Boisclair s’est rendu compte que le Québec n’était pas la Grande-Bretagne. Aussi, une semaine avant le scrutin, il téléphonait aux dirigeants du SPQ Libre et des organisations syndicales pour s’excuser et leur lancer un appel à l’aide désespéré. Il était trop tard. Lors du scrutin, le PQ a terminé au troisième rang avec 28,5% des voix.

C’est le score actuel du PQ de PSPP.

Il reste encore trois semaines pour larguer Marceau et rectifier le tir.