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Mark Carney ne porte plus à terre. Après avoir signé un accord de partenariat de 100 ans avec l’Ukraine, il a fixé comme objectif à son Sommet canadien de l'investissement, qui se tient à Toronto les 14 et 15 septembre, 1000 milliards $ d’investissements au Canada.
Signalons, au passage, que le sommet Choose France d’Emmanuel Macron, organisé en juin 2026, s'était conclu sur un montant, qualifié de record en France, de 93 milliards d'euros de promesses d'investissements étrangers. Alors, les 1 000 milliards de dollars canadiens de Carney…
Bon nombre de ces projets (énergie, minéraux critiques, IA) se rattachent directement ou indirectement à l’industrie militaire – on ne parle pas d’investissements dans le transport en commun, la santé ou l’éducation – et visent à diminuer la dépendance des pays de l’OTAN à la Chine.
Des minéraux critiques, mais pas de médias critiques
Nos médias gobent le tout avec le sourire. Ils se prosternent devant Carney. Ils s’extasient devant le Sommet, même si seulement 15 projets sur 16O proviennent du Québec. Mais, surtout, ils adhèrent à l’orientation générale du gouvernement Carney, soit la militarisation de l’économie canadienne.
Pas étonnant alors que, selon un sondage de la firme Léger, réalisé en partenariat avec l’agence de communication TACT, les deux tiers des électeurs québécois estiment que le prochain gouvernement du Québec devrait maintenir ou accroître ses investissements liés à l’industrie de la défense nationale, rapporte Le Devoir du 14 septembre.
Des compressions en habits de camouflage
Nos médias traditionnels ne font jamais le lien entre l’augmentation des dépenses militaires et les coupures dans les différents programmes sociaux et la réduction de 40 000 à 60 000 postes dans la fonction publique. Pourtant, celles-ci s’expliquent par les compressions que Carney a imposées à tous les ministères.
Il a demandé à son ministre des Finances, François-Philippe Champagne, de réduire les dépenses de programmes de 7,5 % durant l’exercice financier de 2026-2027, de 10 % durant l’exercice financier suivant et de 15 % en 2028-2029. Suivra inévitablement une combinaison de réductions dans les transferts aux provinces, de compressions dans les programmes sociaux et de hausses de taxes et d’impôts.
C’est ce que soutient le magazine The Economist, la bible du milieu des affaires. Dans un éditorial de son édition du 28 juin 2025, intitulé « The economic consequences of war », le magazine met en garde les politiciens contre la tentation de vendre à leurs électeurs l’idée que les dépenses militaires vont amener des gains économiques : « Utiliser les dépenses militaires pour des objectifs économiques serait une coûteuse erreur. »
Il poursuit : « La conséquence économique la plus évidente de plus gros budgets militaires sera de mettre les finances publiques à dure épreuve. La dette des gouvernements est déjà élevée et les pressions provenant du vieillissement de la population et des taux d’intérêt se font déjà sentir. »
« Il en résultera que d’autres parties du budget, comme les dépenses sociales, devront être comprimées, diminuant le dividende de la paix hérité de la fin de la guerre froide. » The Economist affirme que, comme il sera impossible d’augmenter les impôts et les taxes pour financer totalement les dépenses militaires, les gouvernements devront accroître leurs déficits, ce qui aura un effet à la hausse sur les taux d’intérêt. L’effet fiscal keynésien sera modeste, selon le magazine.
Il ajoute que ceux qui croient que ces dépenses militaires contribueront à contrer les effets de la désindustrialisation seront déçus. L’industrie de l’armement est aujourd’hui très spécialisée et automatisée. Le réarmement créera moins d’emplois que le nombre d’emplois perdus à cause des nouvelles technologies et la concurrence internationale, conclut The Economist.
Le PQ marche au pas… militaire
Il est désolant que le Parti Québécois relaie ce discours. Dans son Livre bleu, le Parti Québécois propose qu’un Québec indépendant adhère à l’OTAN, s’engage à se conformer aux objectifs définis par Trump pour l’OTAN et vise « une part des dépenses et des investissements militaires qui atteigne la cible des 5% par rapport au PIB à l’horizon 2035 ». En fait, il propose de « suivre une politique de défense analogue » à celle du Canada.
Quel beau projet de société! Le Canada militarise son économie, allons-y avec un copier-coller!
Pourquoi ne pas suivre plutôt l’exemple de l’Espagne, qui s’oppose à cet objectif de 5 %, en plaidant que les efforts de défense doivent être conciliés avec la stabilité économique et les dépenses sociales?
Ou mieux encore, pourquoi ne pas imiter la neutralité de l'Irlande et sa politique de non-alignement militaire instaurées dans les années 1930 pour affirmer la souveraineté du pays après son indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni?
Ou cet autre pays de l’Amérique du Nord, le Mexique, qui n’adhère pas à l’OTAN et dont la Constitution encadre de manière extrêmement stricte et restrictive l'envoi de forces armées en dehors du territoire national?
Quelle est la menace?
La neutralité d’un Québec indépendant a été pendant de longues années la position historique du Parti Québécois. Aujourd’hui, pour justifier l’adhésion à l’OTAN, le PQ invoque le fait, dans son Livre bleu, que « la Chine, la Russie et d’autres régimes autoritaires se font de plus en plus menaçants ».
Menaçante la Chine, qui n’a d’autre objectif que d’utiliser le passage de l’Arctique pour ses navires! Menaçante la Russie, qui est incapable de vaincre l’Ukraine après 4 ans et demi de guerre?!
Est-ce pour nous prémunir contre une invasion par le Grand Nord que le gouvernement canadien a annoncé un investissement de près de 2 milliards de dollars pour l'achat de 190 véhicules blindés de soutien au combat fabriqués par General Dynamics Land Systems-Canada? Si tel est le cas, vaut mieux que les blindés soient équipés de chenillettes!
Plus sérieusement, il est plus probable que ce soit pour les vendre à l’Arabie saoudite. On se rappellera qu’en 2024, le Canada avait livré à l’Arabie saoudite des véhicules blindés d'une valeur d'environ 14 à 15 milliards de dollars fabriqués par General Dynamics Land Systems-Canada. Ce qui avait fait scandale.
Carney a rétabli les liens avec le prince héritier Mohammed ben Salmane et des fonds d’investissements saoudiens participent au jamboree guerrier de Toronto des 14 et 15 septembre. Le rétablissement de ces liens n’est sans doute pas étranger à l’intérêt exprimé par Ryad pour l’achat de minicentrales nucléaires fabriquées par la compagnie Westinghouse Electric, détenue par Canada’s Brookfield Renewable Partners et Cameco Corp, une société minière produisant de l’uranium basée en Saskatchewan.
Signalons qu’en marge du Sommet sur les investissements, l’Office d’investissement du régime de pensions du Canada et Brookfield Asset Management Ltd ont lancé conjointement un « Fonds Maple » de 50 milliards de dollars qui réalisera des investissements majeurs dans les infrastructures et des secteurs clés au Canada.
Le sirop d’érable dégouline et Mark Carney s’en lèche les doigts. Il était (est toujours?) vice-président de Brookfield Asset Management avant son élection à la tête du Parti libéral.

