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Et si l’éducation avait besoin d’une nouvelle « révolution tranquille »? C’est le pari que fait Debout pour l’école avec la publication des Actes de son Grand Rendez-vous citoyen de l’éducation, tenu les 5 et 6 juin derniers. Plus de 300 personnes — enseignantes et enseignants, personnel professionnel et de soutien, directions scolaires, représentants syndicaux et communautaires, parents, jeunes et citoyens — s’y étaient réunies pour réfléchir à l’avenir de l’école québécoise.
Fondé en 2017, Debout pour l’école se définit comme un collectif citoyen de réflexion et d’intervention sur l’éducation au Québec. Son objectif est de faire pression sur les décideurs afin de favoriser une école inclusive, équitable et de qualité pour toutes et tous.
Les Actes de ce Grand Rendez-vous, qui ont été présentés lors d’un webinaire le 15 septembre, sont l’aboutissement d’une démarche qui dure depuis plusieurs années. Depuis 2023, Debout pour l’école a multiplié les forums citoyens, les consultations régionales et les ateliers jeunesse. Vingt-et-une rencontres ont réuni plus de 2000 personnes, auxquelles s’est ajoutée une cinquantaine d’ateliers jeunesse ayant rejoint plus de 500 jeunes. Une consultation sur le projet de livre blanc avait ensuite recueilli les commentaires de quelque 2000 personnes.
Quatre revendications pour transformer le système
Lors du webinaire, Jean Trudelle a présenté les résultats des quatre ateliers consacrés aux revendications.
La première porte sur la création d’un réseau scolaire commun. En effet, la question de l’école à trois vitesses est désormais beaucoup plus présente dans le débat public. Il est désormais difficile d’ignorer les écarts entre les différents parcours scolaires offerts aux enfants québécois. Mais, pour Debout pour l’école, dénoncer cette situation ne suffit plus. Il faut maintenant convaincre la population de la pertinence d’un réseau commun.
Plusieurs arguments ont été avancés. Sur le plan fiscal, les fonds publics devraient servir l’intérêt public plutôt qu’une fraction privilégiée de la population. Sur le plan environnemental, le retour à une école de quartier permettrait, selon les données d’École Ensemble, de réduire de 41 % la distance entre l’école et le domicile, d’augmenter de 60 % le nombre d’élèves se rendant à pied à l’école et de diminuer de 36 % les émissions de gaz à effet de serre.
L’école commune est également présentée comme un lieu de diversité sociale où les enfants de différents milieux peuvent se côtoyer. Une étude de l’économiste François Delorme conclut que la transition vers un réseau commun pourrait générer des économies pour l’État, auxquelles s’ajouteraient les bénéfices sociaux associés à une meilleure réussite scolaire.
Le message est clair : la question n’est pas uniquement de savoir combien le Québec dépense en éducation, mais aussi quel système il choisit de financer.
La deuxième revendication concerne une gouvernance scolaire plus démocratique. Dans un système où la centralisation a pris de l’ampleur, les participants proposent de ramener davantage de pouvoir vers les milieux scolaires. Cela signifie notamment donner une véritable voix aux élèves, reconnaître le rôle des organismes communautaires et protéger la liberté d’expression du personnel scolaire.
Les participants ont également proposé de rétablir pleinement le rôle du Conseil supérieur de l’éducation, afin de disposer d’un espace autonome de réflexion capable d’éclairer les choix publics.
La troisième revendication est de se donner les moyens d’une éducation de qualité. Les Actes insistent notamment sur l’amélioration des conditions de travail, le soutien durable aux personnels et un vaste chantier de rénovation des infrastructures scolaires.
Mais il ne s’agit pas seulement d’ajouter des ressources. Les participants proposent aussi de décentraliser les ressources afin de rapprocher les décisions des besoins des milieux, tout en simplifiant la gestion administrative et en assurant davantage de stabilité, de prévisibilité et de transparence dans les décisions budgétaires.
Enfin, la quatrième revendication appelle à la tenue d’États généraux sur l’éducation. Les participants ont toutefois exprimé des réserves importantes concernant les risques de récupération politique. D’où l’idée d’États généraux permettant réellement de faire le point sur les enjeux de l’éducation et de définir l’école de l’avenir, dans le cadre d’un processus indépendant et démocratique.
Quatre orientations pour l’école de demain
Madeleine Patenaude a ensuite présenté quatre orientations jugées essentielles pour « repenser l’éducation d’aujourd’hui ».
La première consiste à revaloriser la mission de socialisation. Celle-ci doit être considérée comme aussi fondamentale que l’instruction et la qualification. Socialiser, c’est notamment apprendre à vivre ensemble et à exercer la citoyenneté.
Les Actes proposent donc de faire vivre les valeurs démocratiques au quotidien dans les écoles et dans les différentes disciplines, en les reliant aux réalités vécues par les élèves. Le développement du pouvoir d’agir, de la pensée critique, de la créativité, de la collaboration et de la communication est également mis de l’avant. Ces compétences sont identifiées comme centrales pour les citoyens et citoyennes du 21e siècle.
La deuxième orientation vise à faire de la maîtrise du français un objectif majeur de l’école. Cela passe notamment par une plus grande valorisation de la culture québécoise, le renforcement des bibliothèques scolaires et un meilleur financement des activités culturelles.
La troisième orientation consiste à ancrer l’éducation dans les réalités sociales et écologiques du monde contemporain. Debout pour l’école propose l’adoption d’une politique nationale d’éducation relative à l’environnement et à l’écocitoyenneté, intégrée de manière cohérente et transversale à l’ensemble du parcours scolaire.
Enfin, les Actes proposent de rapprocher l’école de sa communauté. Il s’agit de mobiliser les familles, les organismes communautaires et les citoyens autour de la réussite éducative et du développement global des jeunes. L’école devrait davantage ouvrir ses portes aux ressources et aux forces présentes dans son milieu.
Une vigilance citoyenne pour les États généraux
Au-delà des revendications et des orientations, les présentations ont fait ressortir une condition jugée déterminante : la mobilisation citoyenne.
Si des États généraux sont convoqués, estime Jean Trudelle, la société civile devra exercer une vigilance avant, pendant et après l’exercice. Avant, pour s’assurer que le mandat confié à une équipe indépendante et compétente porte sur les véritables problèmes et les voies de solution. Pendant, pour faire connaître et défendre les propositions. Après, pour suivre de près la mise en œuvre des recommandations.
Le rappel de l’expérience de 1995-1996 est explicite : plusieurs recommandations n’avaient pas été retenues ou mises en œuvre. Les participants veulent éviter qu’un nouvel exercice connaisse le même sort. Ils souhaitent notamment que les recommandations soient appliquées au cours du même mandat gouvernemental plutôt que reportées à plus tard.
Cette vigilance devra aussi s’accompagner d’une capacité des différents acteurs de l’éducation à travailler ensemble. « Quand il y a des États généraux, tout le monde a un peu sa propre liste d’épicerie », a rappelé Jean Trudelle. D’où la nécessité, selon lui, de poursuivre dès maintenant la concertation et la fédération des énergies dans le monde de l’éducation.
Avec ses Actes, Debout pour l’école entend ainsi prolonger une démarche citoyenne amorcée il y a trois ans. À l’heure où l’éducation occupe une place importante dans le débat public québécois, le collectif met sur la table une vision qui ne se limite pas au financement ou à l’organisation du réseau : elle touche aussi la démocratie, la culture, l’environnement, la communauté et la capacité de l’école à former des citoyens et citoyennes à part entière.

