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Je n’en peux plus de me faire prendre pour un vieil idiot à qui on tente de faire avaler des couleuvres.
Le chef du parti conservateur du Québec agit comme un charmeur de serpents. Il joue sa partition en jouant avec les frustrations des gens par rapport aux services publics et cela lui sourit. C’est contradictoire et fallacieux, mais ça marche.
La campagne électorale en cours montre un Éric Duhaime promoteur de réformes fondamentales de l’État québécois. L’idée semble plaire à nombre de personnes qui ne regardent pas plus loin que leur nez et ne voient pas ce que cache cette promesse remplie de contradictions.
On se laisse facilement berner par les sirènes qui prétendent que dégraisser l’État à coup de milliards de dollars va signifier pas de coupures dans les services, moins d’impôts et moins de taxes à payer, donc plus d’argent dans notre portefeuille et des services privés plus efficaces que les services publics. Le tour semble joué aussi facilement qu’une démonstration de magie.
Éric Duhaime fait miroiter du rêve à la manière d’un habile prestidigitateur. Il ne dit surtout pas que ses politiques annoncent une douloureuse austérité sur le plan des services en raison d’une réingénierie radicale fondamentale de l’État. À cela, s’ajoute une attaque constante contre le syndicalisme dans les services publics. Au début de la campagne électorale, il a affirmé que les syndicats allaient le trouver sur leur chemin s’ils s’avisent de s’opposer à ses politiques.
Les prémisses de ses positions reposent sur une pierre d’assise en papier mâché, soit des préjugés crasses tenaces fort répandus dans l’opinion publique : les fonctionnaires sont trop bien payés alors qu’ils et elles ne foutent rien, alors ils et elles seraient inutiles. CQFD. La plupart du temps, des gens admettent cette idée en raison des difficultés de communication avec les fonctionnaires ou de la déficience de certains services. On oublie trop facilement que les services publics gratuits, par exemple, une chirurgie ou l’accès à l’éducation à des coûts encore raisonnables, représentent des économies très importantes pour les bénéficiaires de ses services.
En réalité, Éric Duhaime fait la promotion de sa conception libertarienne du capitalisme tel qu’il l’a toujours mise de l’avant depuis son emploi à l’Institut économique de Montréal et au sein de l’organisme qu’il a créé en 2010, Le Réseau Liberté-Québec, pour promouvoir la diminution de la taille de l’État, le libre marché et la liberté individuelle.
Pour lui, la liberté individuelle se résume à celle du citoyen consommateur; en 2014, à l’émission « Mike Ward sous écoute », il affirmait : « Moi, je suis libertarien, mais libertarien dans le bon sens. Moi, je veux pas un ostie de gouvernement qui me dit quoi faire… » Cette déclaration simpliste s’avère une négation du rôle de l’État. Point barre.
Les services publics que doit offrir un gouvernement ne font pas partie de ses préoccupations : services publics (santé, éducation, aide à l’enfance, soins aux aîné.e.s, infrastructures, etc. Nier le rôle de l’État équivaut à dire que le marché privé va devoir compenser les pertes de services publics. Les consommateurs et les consommatrices devront donc débourser davantage pour obtenir des services. Le rêve d’avoir plus d’argent en poche ne se réalisera donc pas conformément au discours antinomique du chef conservateur.
Que propose-t-il pour améliorer les services publics? Rien. Comment compte-t-il trouver de solutions aux inégalités sociales et économiques? Rien. Pour lui, ça ne fait pas partie de l’équation. Dans son idéologie, l’organisation et le fonctionnement de la société reposeraient sur la dynamique du marché privé. Et tant pis si, comme aux États-Unis, une grande partie de la population est laissée pour compte (victimes collatérales) et s’appauvrit sur le plan financier, social et culturel.
Chez Éric Duhaime, ce qui semble plus vrai que vrai est de la poudre aux yeux qui embrouille les lunettes des gens qui cherchent à deviner la portée de ce chef impénitent croisé du capitalisme libertarien. Comme tous les magiciens, il ne révèle pas ses trucs et ce qui se cache vraiment dans sa manche.

