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Ancienne directrice de la planification et de la reddition de compte au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration.
Auteure de L’immigration au Québec : comment on peut faire mieux, Éditions du Renouveau québécois, 2023.
Lors du Sommet électoral de l’Union des municipalités du Québec, le 18 septembre, un maire a affirmé vouloir « non pas des immigrants, mais des travailleurs temporaires à permis fermé ».
Une personne de l’étranger avec un permis de travail fermé est un individu captif, lié et dépendant d’un seul employeur. Un permis de travail temporaire vise un besoin temporaire. Un système d’immigration qui dépend des permis temporaires, fermés ou ouverts, n’est ni soutenable ni souhaitable et un modèle de développement régional basé sur des permis fermés n’est pas le modèle qu’on veut pour le Québec.
Le cri du cœur de mairesses et de maires concernant un manque de main-d’œuvre dans certains secteurs et certaines régions est réel, mais on ne peut réclamer de la main-d’œuvre temporaire de l’étranger et ensuite se plaindre que ces personnes ne peuvent rester indéfiniment. On a un statut temporaire ou un statut permanent.
Avec un statut permanent, on peut se déplacer n’importe où au Canada. On peut espérer améliorer son sort en montant l’échelle grâce à l’expérience qu’on a acquise, en perfectionnant ses compétences avec des cours de formation professionnelle ou en lançant sa propre entreprise. En d’autres mots, si on veut que la main-d’œuvre de l’étranger s’installe à long terme en région, il faut l’inciter par d’autres mesures que des permis qui empêchent le déplacement et l’épanouissement.
Les seuils d’immigration permanente devenus non pertinents
Quelques leaders, journalistes et éditorialistes commencent à se rendre compte qu’un seuil d’immigration permanente n’a plus de pertinence s’il ne représente pas le nombre de nouvelles personnes qui seront accueillies chaque année. La capacité d’accueil n’est plus pertinente non plus, si toutes les personnes qui obtiendront la résidence permanente sont déjà au Québec depuis plusieurs années.
Il est temps maintenant de comprendre que personne n’a encore trouvé une façon de « planifier » un système d’immigration fondé sur un processus en deux étapes, où on passe par un statut temporaire avant d’obtenir un statut permanent. Pourquoi? Parce qu’on ne sait pas combien de personnes avec un permis d’études ou de travail vont faire une demande d’immigration permanente. De plus, on ne sait pas combien y seront même admissibles parce qu’on n’applique pas les mêmes conditions à un permis temporaire qu’à un certificat de sélection du Québec.
Le système d’immigration québécois a besoin d’une réforme sérieuse pour en reprendre le contrôle, pour revenir au vrai sens des mots temporaire et permanent, et pour le rendre gagnant-gagnant, tant pour les personnes que nous accueillons que pour la société québécoise en entier.
Pour ce faire, il faudra assumer pleinement notre responsabilité en ce qui concerne l’ensemble des permis d’études et de travail temporaire, incluant les permis accordés dans le cadre du Programme de mobilité internationale (PMI), tel qu’était l’intention des négociateurs de l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration et à l’admission temporaire des aubains.
Le contrôle sur l’ensemble des admissions temporaires rendu urgent par les plans du fédéral
Cela devient d’autant plus urgent à la lumière du discours du premier ministre Carney à Strasbourg. Il a mentionné des mesures qui toucheront les échanges de personnes, surtout des jeunes, pour les études et le travail. Il est trop tôt pour savoir quels mécanismes le fédéral utilisera pour donner suite à cette annonce.
Pourtant, le PMI serait le véhicule naturel, puisqu’il fonctionne beaucoup par décret ministériel fédéral et inclut des mesures de mobilité qui se trouvent dans les ententes internationales, ainsi que le programme Expérience internationale Canada (anciennement connu comme le programme vacances-travail).
Les enjeux d’immigration sont nombreux et complexes. Ils ne se prêtent pas à des solutions simples faisant miroiter un changement rapide. C’est pourquoi, lors de l’ouverture de la nouvelle session, il est crucial que les partis s’engagent à travailler ensemble sur une approche consensuelle visant à améliorer le sort des personnes à statut temporaire qui sont déjà présentes au Québec depuis plusieurs années et qui souhaitent y rester, ainsi qu’à relancer notre système d’immigration au bénéfice des personnes que nous accueillerons et de l’ensemble de la société québécoise.

