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Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) a présenté fin août la plateforme électorale du PQ en matière de langue. Cela s’intitule « Le Parti Québécois s’engage à renverser le déclin du français ». Le contenu n’inspire toutefois pas confiance quant à la réalisation de cet engagement.
Des constats noircis
PSPP aligne notamment des constats douteux. « À Montréal, la situation est tout simplement catastrophique. Désormais, moins d’un Montréalais sur deux parle le français à la maison. On parle de seulement 44 %. La CAQ a aussi perdu le contrôle de l’immigration à tel point qu’on est désormais incapable de franciser. Seulement 53 % des allophones font le choix du français plutôt que de l’anglais […] Le résultat des politiques migratoires de la CAQ est alarmant : seulement 65 % des allophones sont en mesure de converser en français. »
D’où sort-il tout ça? Au recensement de 2021, 51,5 % de la population de l’île de Montréal parlait le français comme langue principale à la maison. La part du français dans l’assimilation des allophones au Québec était de 57 %. Et 75 % des allophones se déclaraient capables de parler français. Le PQ force donc le trait. Cela entache déjà sa crédibilité.
Une problématique à côté de la track
PSPP chiffre mieux quelques tendances. Son appréciation de la situation demeure néanmoins viciée. « Pour que le français cesse de décliner, affirme-t-il, il faudrait que [la part du français dans l’assimilation des allophones] soit de 90 %. » Or, c’est insuffisant. Conjurer le déclin exige d’abord et avant tout de renverser l’anglicisation de la majorité francophone elle-même.
Car la part du français dans l’assimilation des allophones ne cesse de croître depuis 1981. Mais depuis 2001, l’anglicisation des francophones ne cesse de croître aussi. Tant et si bien que dans l’ensemble, l’apport de l’assimilation au français a commencé à décliner en regard de son apport à l’anglais (lire « L’anglicisation des francophones au Québec », L’aut’journal, septembre 2022).
Cessons donc de mettre le déclin du français sur le seul compte de l’orientation linguistique des allophones. Que la majorité francophone se regarde enfin dans le miroir. Et qu’elle se demande ce qu’il faudrait faire pour enrayer sa propre anglicisation.
Rien pour stopper l’anglicisation de la majorité
Parmi les mesures que propose PSPP « pour renverser le déclin du français une bonne fois pour toutes », étendre la loi 101 au cégep est la seule qui risque d’influer sur la persistance linguistique de la majorité. Ça ne tasse pas assez l’anglais pour stopper le déclin.
C’est uniquement en formation préuniversitaire que le cégep anglais attire un nombre démesuré d’étudiants francophones. Et la proportion de francophones à l’université anglaise fait tout autant problème. Deux années d’études préuniversitaires en français, au collégial, ne conduiront pas davantage à choisir l’université française que onze années de scolarisation obligatoire en français n’ont conduit à choisir le cégep français.
Un déficit de franchise et d’ambition
« Nous vous présentons aujourd’hui des mesures ambitieuses, conclut PSPP. Jamais un gouvernement n’est allé aussi loin pour renverser le déclin du français. Mais je me dois d’être franc : avec cette annonce aujourd’hui, nous atteignons la limite de ce que nous pouvons accomplir en tant que province. L’ultime outil qu’il nous manque, et sans doute le plus déterminant, c’est de faire du Québec un pays. »
C’est loin d’être franc. D’une part, le gouvernement Lévesque est allé autrement plus loin. Il a imposé la scolarisation obligatoire en français aux francophones et nouveaux arrivants, y compris aux nouveaux arrivants en provenance du reste du Canada (la fameuse « clause Québec »). Il a imposé l’affichage commercial en français seulement. Tenté de faire du français la langue de la Loi, etc.
D’autre part, les mesures de PSPP demeurent très en deçà de ce que le Québec peut accomplir comme province. En réaction à la trop timide réforme caquiste de la loi 101, Guy Rocher avait recommandé d’étendre la loi 101 non seulement au cégep, mais également au baccalauréat. Et de restaurer l’affichage en français. Dispositions essentielles snobées tant par la CAQ que par le PQ.
Le Québec tarde aussi à concrétiser l’exemplarité de l’État en matière de langue, c’est-à-dire à cesser d’offrir ses services publics activement ou sans vérification en anglais. Cette mesure phare de la réforme caquiste a été appliquée jusqu’à maintenant au va comme je te pousse. Le Québec tarde itou à abolir l’enseignement intensif de l’anglais au primaire français, méthode d’instruction qui pave la voie à l’usage de l’anglais comme langue commune et à l’anglicisation de la jeunesse francophone.
Des « clauses Québec » nouvelle manière
Dans son mémoire sur le caquiste projet de loi 112 favorisant le commerce des produits et la mobilité de la main-d’œuvre en provenance du reste du Canada, le Commissaire à la langue française a souligné que le profil peu francophone des migrants interprovinciaux contribue à affaiblir la place du français dans le monde du travail, en particulier à Montréal et à Gatineau. Le Commissaire a par conséquent recommandé que le Québec exige la connaissance du français pour tout travailleur venant du reste du Canada qui souhaite exercer une profession ou un métier régi par une autorité de réglementation québécoise. Ni la CAQ ni le PQ n’ont retenu sa recommandation.
Tant qu’à y être, il faudrait aussi que l’exemplarité de l’État en matière de langue s’applique aux migrants en provenance du Canada anglais. De la même façon qu’aux migrants internationaux. C’est-à-dire qu’au-delà d’une période d’adaptation, les services publics ne leur seraient offerts qu’en français. Basta! les Michael Rousseau.
Simplement étendre la loi 101 au cégep? Il reste encore énormément plus de pain sur la planche du Québec province.
Mettre les bœufs devant la charrue
Gilbert Paquette a proposé un modèle de campagne indépendantiste (lire « Élections 2026 : dépasser une élection de bon gouvernement », L’aut’journal, 16 septembre 2026). En toute matière, « montrer ce que Québec peut faire dès maintenant, dire exactement où son statut provincial l'arrête, puis montrer ce que l'indépendance permettra de faire. » Dans cette optique, en matière de langue, le programme du PQ rate souverainement le coche.
Pour se rattraper, PSPP pourrait proposer à l’Assemblée nationale d’insister qu’Ottawa modifie sa loi sur la citoyenneté, de sorte qu’un candidat domicilié au Québec soit tenu de faire preuve d’une connaissance suffisante du français. Voire inviter la population à s’exprimer à ce sujet par voie de référendum. La réaction d’Ottawa à une semblable démarche permettrait de dire exactement où, en matière de langue, le statut provincial du Québec l’arrête. Et quel statut lui permettrait de garantir l’avenir de sa langue nationale en Amérique du Nord.
Aussi vaut-il mieux ne pas attendre que le Québec pays advienne avant d’entreprendre de renverser le déclin du français « une bonne fois pour toutes ». Pierre Allard, ex-éditorialiste au quotidien Le Droit, l’a bien envoyé dans son blogue « Ils auraient été horrifiés… » du 10 septembre dernier : « Ce n'est pas l'indépendance qui nous fera gagner notre combat pour le français. C'est le combat pour le français qui nous fera gagner l'indépendance. »

