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Le chef-d’œuvre Pauline Julien : femme pays, de la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette ressuscite celle qu’on enterrait encore vingt ans après sa mort dans le documentaire de l’Office national du film de Pascale Ferland, Pauline Julien, intime et politique [i].
L’interprétation magique par Émile Proulx-Cloutier de la chanson Mommy ne pouvant se répéter, le flash de la confier à une toute petite fille attendrit ce nouveau film qui resplendit d’ailleurs de la musique d’Émile pendant une grande partie de ses 110 minutes!
L’hommage posthume des Artistes pour la Paix à Anne Sylvestre [ii], amie d'Hélène Pedneault et de Marie-Claire Séguin, remerciant Pauline de leur avoir fait connaître cette autrice-compositrice au moins égale en importance des Brel, Brassens, Ferré et Renaud, avait fait entendre leur version commune de sa chanson bouleversante et historique, Une sorcière comme les autres. Puis-je avouer préférer dorénavant la version Suzanne Clément, moins théâtrale et plus intériorisée?
Combien cette artiste transcende les rôles qu’on lui confie en projetant ses interprétations jouées (et désormais chantées, avec l’ajout de cette corde à son arc) pour les autres, avec la grâce de solidarité de se proclamer parmi les autres? Son équipe à La Manic la voit entonner la chanson de Georges Dor pour les travailleurs du grand barrage, leur solitude consolée en plus en une belle scène onirique.
Anaïs Barbeau-Lavalette nous avait donné Chien blanc, un film antiraciste à couper le souffle sur la vie de Jean Seberg et Romain Gary à Los Angeles et Paris, des années après avoir reçu le prix Artiste pour la Paix 2013 quelques heures après l’atterrissage de son vol Berlin-Montréal : Inch' Allah sur le conflit israélo-palestinien présenté dans la section « Panorama » de la Berlinale venait de connaître un très grand succès, en dépit d’un titre mal choisi qui lui bloquerait hélas toute expansion dans le futur.
Patrice Dubois est phénoménal dans la peau de notre plus grand député de tous les temps, Gérald Godin : les qualificatifs dévoilent ma partialité, ayant cogné à toutes les portes de Mercier pendant un mois aux élections précédentes en 1973.
Le faire traîner sa carcasse usée et malade pour prononcer son dernier discours à l’Assemblée nationale peu avant sa mort en 1996 représente une astuce cinématographique conçue pour donner une aura ultime à ses idées généreuses sur les immigrants, car son amour des Grecs rejoignait celui de Pierre Falardeau pour Théodorakis. Quant à son féminisme, Gérald l’irradiait par le soin prodigué aux enfants de Pauline quand elle partait en tournée.
J’eus le privilège de m’entretenir avec elle alors qu’elle allait se suicider huit mois plus tard, ne supportant plus la cruelle aphasie dont elle souffrait : c’était lors de sa toute dernière présence publique à la remise du prix APLP décerné le 14 février 1998 à la féministe Ginette Noiseux à l’ESPACE GO.
[i] http://lautjournal.info/20181001/p-comme-dans-pauline-j-et-pasionaria
[ii] https://www.artistespourlapaix.org/anne-sylvestre-86-ans-toutes-ses-dents-nest-plus/

