Hampstead, Rhodésie, H3X 1W6

2019/04/19

Monsieur William Steinberg, maire de la petite bourgade de Hampstead, riche enclave située en plein cœur de Montréal, est en train de servir une jolie leçon de réalisme à ceux qui s’imaginaient que le mépris colonialiste canadian avait disparu avec l’adoption de la Charte de la langue française en 1977 et que depuis, hormis pour quelques soubresauts, voguait gaiement le navire de la bonne entente sur le fleuve paisible de la paix linguistique.

M. Steinberg, professeur retraité de Concordia University, est ainsi en train de gentiment nous rappeler la signification du terme « Rhodésien », nom d’une autre jolie enclave d’Afrique du Sud maintenant devenue le Zimbabwe fleurant bon l’apartheid et l’impérialisme britannique. Vocable qui était particulièrement prisé de René Lévesque pour décrire ceux qui s’opposaient – avec un mépris aux dimensions galactiques – à une certaine loi visant à faire du français la langue commune au Québec.

M. Steinberg a donc qualifié le projet de loi 21 du gouvernement Legault de « nettoyage ethnique ». Il a rajouté « pacifique » par après. Il refuse de s’excuser. Il refuse également de prononcer le moindre mot en français en public, prétextant un empêchement d’ordre « médical » (une jolie trouvaille, avouons-le).

Statistique Canada nous apprend que 56 % des ménages de Hampstead-la-bienheureuse ont un revenu annuel de plus de 100 000 $. On apprend aussi d’autres choses intéressantes.

Par exemple que, après répartition égale des réponses multiples, le français, l’anglais et une langue non officielle sont la langue maternelle de 19,4 %, 58,2 %, 22,4 % des résidents.

Pour ce qui est de la langue d’usage, ou langue parlée le plus souvent à la maison, le français, l’anglais, et une langue non officielle sont parlés respectivement par 16,8 %, 71,4 % et 11,8 % des résidents. 

On notera le très important décalage entre l’anglais langue maternelle (à 58,2 %) et l’anglais langue parlée à la maison (à 71,4 %). L’anglais langue d’usage fait un gain relatif qui équivaut au quart des locuteurs ayant l’anglais comme langue maternelle. L’assimi-lation linguistique en faveur de l’anglais est donc très importante dans la jolie ville de Hampstead.

On notera en contrepartie que le français et les langues non officielles perdent des locuteurs. De nombreux citoyens de cette ville ont le français comme langue maternelle, mais ne le parlent pas à la maison.  On notera aussi que la langue utilisée le plus souvent au travail est le français dans seulement 24 % ( ! ) des cas et l’anglais dans 76 % des cas. Vous avez bien lu : À Montréal, supposément deuxième ville française au monde, les trois quarts des habitants de Hampstead travaillent en anglais.

Bref, un maire, incapable de dire un mot dans la langue officielle, d’une ville qui assimile massivement les locuteurs de la langue officielle, vient nous faire la morale comme quoi nous voudrions nous livrer au « nettoyage ethnique ». Comment qualifier cette situation surréaliste et insensée ? Doit-on dire que Hampstead se livre au « net-toyage linguistique pacifique » ?

Passons. On pourrait simplement conclure que 42 ans après l’adoption de la Charte de la langue française, les Rhodésiens sont encore parmi nous.