434 - Patriotisme dans les allées
Des mères montent au front à Rouyn-Noranda
Un mouvement qui intervient sur une foule d'enjeux environnementaux
Par Luc Allaire
2025/02/07
« Pourquoi le gouvernement sacrifie-t-il notre santé pour des intérêts économiques? », s’indigne Isabelle Fortin-Rondeau, porte-parole de l’organisme Mères au front à Rouyn-Noranda.
« Après le gouvernement de la CAQ, qui nous a traitées avec mépris en nous traitant de petites madames anxieuses, voilà que le ministre canadien de l’Environnement, Steven Guilbeault cède à son tour aux pressions de la Fonderie Horne. Pourtant, il avait reconnu les risques plus élevés que le niveau acceptable pour la santé », dénonce-t-elle.
Quand l’argent pèse plus lourd que la santé
Les Mères au front de Rouyn-Noranda et de tout le Québec dénoncent la soumission du ministre de l’Environnement et du gouvernement fédéral qui ont rompu leur engagement envers l’ONU. En effet, « malgré des risques pour la santé et l’environnement, le ministre fédéral de l’Environnement s’est laissé convaincre, par des préoccupations économiques, de ne pas renforcer les contrôles sur les importations de déchets électroniques dangereux », a révélé le journaliste Thomas Gerbet de Radio-Canada, le 30 janvier dernier.
Ce revirement pourrait nuire à la qualité de l’air à Rouyn-Noranda, puisque la Fonderie Horne brûle une grande quantité de ces rebuts pour en recycler les métaux précieux.
« Alors que le commerce de déchets électroniques est en pleine expansion dans le monde, le Canada a donc décidé de se ranger parmi les mauvais élèves des Nations Unies en refusant d’adopter, le 1er janvier 2025, les amendements de la Convention de Bâle, contrairement à près de 190 pays », souligne Thomas Gerbet.
« La responsabilité du ministre de l’Environnement est pourtant de protéger l’environnement, pas les profits d’une entreprise multimilliardaire coupable de corruption, de violation de droits de l’environnement et de droits humains partout sur la planète! », dénonce Laure Waridel, écosociologue et co-instigatrice de Mères au front.
Rappelons que les déchets électroniques traités à la fonderie Horne contribuent à l’émission de contaminants atmosphériques qu’on retrouve à Rouyn-Noranda à des concentrations qui outrepassent les normes québécoises. « Tous les gouvernements nous ont abandonnés! N’y a-t-il aucune limite à l’indécence quand il s’agit de l’industrie minière au Canada? » s’indigne Jennifer Ricard Turcotte, elle aussi membre de Mères au front de Rouyn-Noranda.
Une performance artistique devant l’Assemblée nationale
Pour dénoncer cette situation, les Mères au front organiseront plusieurs événements prochainement à Gatineau, Montréal, Sherbrooke, Rouyn-Noranda, dont une performance artistique devant l’Assemblée nationale le 20 février, à laquelle participera Anaïs Barbeau-Lavalette.
Pour Isabelle Fortin-Rondeau, il s’agit d’une question éthique. « On ne devrait pas opposer la santé à l’économie. Et pourtant, c’est tellement ancré dans notre ADN que c’en est devenu acceptable. » Comme le chantait Richard Desjardins : « Entendez-vous la rumeur / La loi de la compagnie? Il faudra que tu meures, si tu veux vivre mon ami ».
Une population sacrifiée
« Nous sommes une population sacrifiée. Pourquoi la vie de nos enfants vaut-elle moins que la vie des enfants de nos élus? », poursuit Mme Fortin-Rondeau qui se rendra à Québec le 20 février pour interpeller les élus de l’Assemblée nationale.
« Jusqu’ici seule l’ex-députée de Québec Solidaire, Émilise Lessard-Therrien a défendu la cause de la population de Rouyn-Noranda. Nous tendons la main au Parti Québécois et au Parti libéral du Québec. Cela fait des années que la situation est connue. »
L’expropriation des gens de Rouyn-Noranda, que propose la CAQ, n’est pas la solution, selon Isabelle Fortin-Rondeau. « Le gouvernement de la CAQ nous traite avec mépris. Il propose une compensation permettant seulement d’acheter une maison déjà existante. Or, il y a une pénurie de maisons dans la région. La compensation ne permet pas d’acheter une maison neuve avec le prix des matériaux qui augmente. Les gens vont s’appauvrir. De plus, la pollution ne s’arrête pas aux limites de la zone tampon autour de la Fonderie Horne. »
À propos de Mères au front
Avec plus de 30 groupes locaux à travers le Québec, Mères au front est un mouvement décentralisé qui regroupe des milliers de mères, grand-mères et alliés de tous les horizons qui s’unissent pour protéger l’environnement dont dépend la santé, le bien-être et le futur de nos enfants.
Ce mouvement a été créé en 2020 et il intervient sur une foule d’enjeux environnementaux. Ainsi, le groupe Mères au front de Montréal s’est joint à l’ACEF du Nord de Montréal, à Écologie populaire et à La Planète s’invite au Parlement pour organiser un sit-in le 2 février devant le bureau de François Legault à Montréal, afin de revendiquer le droit à la mobilité durable et à un réseau de transport en commun public et accessible.
Cet événement, qui a rassemblé plus de 200 personnes, s’inscrit dans une série d’actions citoyennes pour réclamer du gouvernement un changement de cap complet en matière de transport au Québec.
En effet, le Québec accuse un retard important en matière d’accessibilité et de financement du transport collectif, en ville comme en région. Pourtant, tout le monde gagnerait à avoir un meilleur réseau. Plus économe, respectueux de l’environnement, sécuritaire et juste, le transport collectif est un incontournable pour la transition socioécologique et l’économie du Québec.
En refusant de financer le transport en commun à la hauteur des besoins, le gouvernement prive la population d’alternatives accessibles et abordables à l’auto.
Pour en savoir plus
Le livre Zones sacrifiées, en librairie le 4 février, est né de la lutte que mèneMères au frontdepuis près de 3 ans et dans laquelle de nombreuses personnes préoccupées font tout en leur pouvoir pour que la qualité de l’air à Rouyn-Noranda s’améliore. Zones sacrifiées porte les voix multiples de ces citoyennes et citoyens qui vivent l’innommable.
