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L'aut'journal

434 - Patriotisme dans les allées

Libéraux, conservateurs, même combat contre la planète

À l’encontre du consensus québécois sur l’environnement

Par Monique Pauzé

2025/02/26

L’autrice est députée du Bloc Québécois.

Lors de la course pour la direction du Parti libéral du Canada, nous avons de plus en plus de difficulté à distinguer les positions des libéraux de celles des conservateurs en ce qui a trait à la crise climatique. Les libéraux deviennent de plus en plus conservateurs et les conservateurs restent conservateurs.

Pourtant, les coûts reliés aux catastrophes climatiques sont en perpétuelle croissance. Les vestiges de la tempête Debby en août dernier auront coûté plus de 2,5 milliards de dollars. Il s’agit de l'événement climatique le plus coûteux de l'histoire du Québec, dépassant même la crise du verglas de 1998. Les impacts des changements climatiques sur les finances, d’abord celles des municipalités, sont en augmentation. Ils ont également un impact important sur les coûts en santé en entraînant des maladies pulmonaires, cardiaques, rénales.

Actuellement, aux Communes, il ne reste plus que le Bloc Québécois pour s’occuper de notre avenir et de notre santé. Notre pertinence est de plus en plus évidente. Nous sommes les seuls à défendre une économie verte, une économie basée sur le respect de l’environnement, une économie qui fait de la transition énergétique un objectif majeur pour une société plus égalitaire.

Un engagement de longue date

L’engagement du Bloc Québécois en faveur de la lutte aux changements climatiques et de la transition énergétique est un engagement de longue date. Au cours des années 2000, le Bloc Québécois a été le premier parti politique à alerter l’opinion publique sur le fait que, avec l’augmentation radicale de la production de pétrole des sables bitumineux, le Canada était devenu une véritable pétromonarchie.

À l’aube de ma retraite, je suis très fière d’avoir pu m’inscrire dans la suite de cet engagement historique.

Le Canada est le quatrième producteur de pétrole au monde et, malheureusement, malgré ses promesses passées, il est parmi les pays qui prévoient la plus grande augmentation de la production. Aucun autre parti fédéral ne remet ça en doute.

Le bilan environnemental des libéraux est non seulement décevant, mais aussi incohérent, et ce, malgré des promesses qui semblaient ambitieuses en 2015.

Pas étonnant quand on sait que les lobbyistes du pétrole sont très actifs auprès du gouvernement fédéral, leur but étant d’assurer la pérennité de l’exploitation des sables bitumineux.

Parmi les mauvais coups notables des libéraux, citons le cas du pipeline Trans Mountain acheté en 2018 au coût de 4,5 milliards $ et qui nous coûte maintenant plus de 34,5 milliards $. Il s’agit d’un projet qui va à l'encontre des ambitions écologiques mondiales et qui représente également un véritable gouffre financier.

Les citoyens de la Colombie-Britannique étaient contre l’achat du pipeline, les communautés autochtones l’étaient également. La Cour suprême a jugé que le projet de pipeline pouvait aller de l’avant parce que c’était dans l’intérêt national. J’ai donc compris que, si l’intérêt national était l’achat d’un pipeline et son expansion, nous n’étions définitivement pas dans la même nation.

Un autre exemple… Les libéraux ont approuvé de nouveaux projets, comme celui de Bay du Nord permettant de nouveaux forages pétroliers dans des milieux marins fragiles à l’est de Terre-Neuve et du Labrador.

En fin de compte, le gouvernement Trudeau a investi plus d'argent public dans les pétrolières que ses prédécesseurs conservateurs sous Stephen Harper.

Un échec retentissant

Avec tous ces soutiens à l’industrie fossile, le Canada est le pays du G7 où les émissions ont le moins diminué en pourcentage par rapport à 2005. Cela résume bien l’inaction et l'incohérence de ce gouvernement.

Le gouvernement Trudeau a échoué à prendre les mesures nécessaires pour contrer le réchauffement climatique, et il est maintenant impératif de passer à l’action.

Il est crucial que le Canada abandonne la logique des subventions aux énergies fossiles. La question de l’environnement ne peut plus faire l’objet de compromis politique.

L’empiétement croissant sur les habitats naturels par les activités humaines, l’étalement urbain, l’élevage intensif, le braconnage sont depuis longtemps dénoncés par les écologistes.

Nous sommes actuellement dans une période de mutation écologique sans précédent où réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité et multiplication des événements extrêmes s’annoncent beaucoup plus menaçants encore.

Santé humaine et santé des écosystèmes vont ensemble.

Pour tous celles et ceux qui ont à cœur l’environnement, j’aurais le message suivant : ne vous laissez pas charmer par le chant des sirènes libérales ou les promesses vaines d’aucun parti politique fédéraliste. Nous sommes encore, malheureusement, dans un pays pétrolier et une partie de nos impôts profite aux pétrolières de l’Ouest.

Notre travail consiste à surveiller le gouvernement fédéral, à s’assurer qu’il s’acquitte minimalement des responsabilités qui sont les siennes.

C’est un travail nécessaire que nous faisons et que nous prenons au sérieux. Je l’ai fait du mieux que j’ai pu au cours des dix dernières années et j’ai le sentiment du devoir accompli.

Des rêves pour le Québec

Néanmoins, il y a une distinction importante à considérer. Je n’ai jamais placé mes espoirs dans le Canada ou dans l’État fédéral canadien. Je pense encore aujourd’hui que ce serait une grave erreur. Gérard Bouchard, sociologue, historien reconnu, demandait récemment : Est-ce que le Québec a encore des rêves?

Le Bloc Québécois a des rêves pour le Québec, nous avons un projet jamais abandonné. Nous agissons sur la scène politique fédérale, parce que cela est tout simplement nécessaire. Mais notre ferveur, elle, est tout à fait québécoise.

Oui, le Québec doit rêver d’avenir, retrouver son optimisme et se doter à nouveau de grands projets de société. Mais, nous devons rêver pour notre propre peuple, notre nation, et notre État, qui doit absolument devenir indépendant si nous voulons aller au bout de nos rêves.

Le fédéralisme canadien est dysfonctionnel, la fédération canadienne est un mirage depuis longtemps dépassé, et cela inclut le champ de la politique environnementale.

Oui, le Bloc Québécois continuera d’être constructif, et continuera de proposer de vraies pistes d’action et de solution, nous continuerons d’exiger que le Québec ait sa juste part des investissements fédéraux dans les secteurs névralgiques.

Nous exigerons encore que nos impôts ne servent plus à développer le mirage des « sables bitumineux carboneutres du Canada ». C’était le rêve de M. Trudeau, aidé par M. Guilbeault. Mais nous avons toujours su, au Bloc Québécois, que les sables bitumineux, ça ne pourrait jamais être carboneutre.

Nous ne faisons pas que nous opposer. Nous incarnons une vision du monde et de l’avenir qui nous est propre, qui est distincte, qui s’exprime dans notre langue et nos valeurs.

Nous défendons ce que les groupes québécois de défense de l’environnement ont judicieusement nommé le consensus québécois en environnement.

Nous défendons aussi le respect en tout temps, sur tout notre territoire de nos lois environnementales, incluant les règlements des municipalités du Québec.

Je sais que le Bloc Québécois, en collaboration avec les citoyens et les municipalités, avec les groupes environnementaux, continuera de porter la lutte pour un avenir plus vert, plus juste et plus durable.

Nous portons aussi un projet pour la nation du Québec, connu de tous : celui de notre pleine liberté politique.

Le Canada nous ralentit. Ce ralentissement, je l’ai observé pendant dix ans. J’ai espoir de voir le Québec avancer, en étant le plus libre qu’il soit possible.

Là aussi, le temps presse!