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L'aut'journal

435 - Les médias dépendants aux sondages

L’écart s’élargit entre riches et pauvres

Des chiffres qui donnent le tournis

Par Gabriel Ste-Marie

2025/03/21

L’organisme Canadiens pour une fiscalité équitable (Canadians For Tax Fairness) vient de publier une étude qui s’intéresse à l’évolution des revenus des personnes au cours des quarante dernières années.

L’étude s’appuie sur les données de Statistique Canada entre 1982 et 2022 et montre que les écarts de richesse se creusent. En prenant les revenus du marché, donc avant taxes, impôts et redistribution, le 1 % le plus riche a vu son revenu moyen corrigé pour l’inflation augmenter de 80,5 % alors que le 50 % le moins fortuné a vu non pas une hausse, mais une diminution de 12,5 %. Pour le 0,01 % le plus riche, c’est une hausse de 185 %.

Après impôts et redistribution, les écarts sont moindres, mais toujours réels. Par exemple, pour le 1 %, c’est une hausse de 65 % et pour le 99 %, c’est 22 %. On peut donc dire que, après redistribution, le 1 % a vu son revenu augmenter trois fois plus vite que celui du reste de la population. L’étude évalue aussi que, si la moitié de la population la moins fortunée avait reçu sa part de la croissance économique des 40 dernières années, chacune de ces personnes aurait gagné 6 450$ de plus durant la dernière année.

Les paliers d’imposition

L’organisme rappelle que le système fiscal a été transformé au cours des 40 dernières années à la faveur des mieux nantis. Le nombre de paliers d’imposition a été réduit, tout comme le taux du palier supérieur. Par exemple, sur la période étudiée, le taux supérieur est passé de 82,4 % à 53,5 % pour les individus, et de 53,4 % à 26,5 % pour les entreprises.

Il s’agit d’un phénomène aussi observé aux États-Unis et dans les autres pays. Pour l’organisme, ces changements découlent du néolibéralisme. En fait, leur étude vise à démontrer que le néolibéralisme des dernières décennies a profité au 1 % le plus fortuné.

L’organisme s’intéresse aussi au taux effectif de taxation, qui renvoie à la part de taxes et d’impôts qui est réellement payée après les diverses déductions. Pour la personne qui a un revenu médian, ce taux est passé de 34,2 % à 43 % entre 1988 et 2022. C’est donc dire que la personne au revenu médian paye 9 points de plus qu’il y a 34 ans. Toujours sur la même période, la personne du 1 % le plus fortuné a quant à elle vu son taux effectif diminuer de 35,3 % à 23,6 %! C’est donc une diminution de près de 12 points!

Nous sommes donc passés d’un système très légèrement progressif – où le 1 % paye un taux légèrement plus élevé, 1 point de plus – à un système clairement régressif – où le 1 % paye un taux nettement moins élevé, 20 points de moins.

L’endettement

L’étude rappelle que la consommation est de plus en plus soutenue par l’endettement, qui va en augmentant. Entre 1990 et 2022, le ratio dette-revenu des ménages a doublé, passant de 90 % à 180 %.

Tout ça dans un contexte où le logement accapare désormais 31,4 % du budget des ménages alors qu’il ne représentait que 23,4 % en 1982. Rappelons ici que l’étude porte sur l’ensemble du Canada. Si les éléments présentés s’appliquent généralement à la situation du Québec, la part du budget consacrée au logement demeure pour l’instant un peu moins élevée au Québec, puisque cette statistique est dopée par les coûts astronomiques de Vancouver et de Toronto.

Malheureusement, la tendance de l’augmentation des écarts de richesse semble se poursuivre et s’observe à l’échelle internationale. Par exemple, l’organisme Oxfam indique que « la fortune des milliardaires a augmenté trois fois plus vite en 2024 qu’en 2023. » Pendant ce temps, « le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté n’a pratiquement pas changé depuis 1990. Les inégalités échappent à tout contrôle ».

Les bénéfices des entreprises

Cet organisme évalue que les 148 plus grandes entreprises ont vu leurs bénéfices augmenter de 52 % en trois ans et que la fortune des cinq hommes les plus riches du monde a augmenté de 114 %. Sur la même période, cinq milliards de personnes se sont appauvries.

Le directeur d’Oxfam critique sévèrement la situation actuelle. « Le pouvoir démesuré des grandes entreprises et des monopoles est une machine à fabriquer des inégalités : en pressurant les travailleurs et travailleuses, en s’adonnant à l’évasion fiscale, en privatisant l’État et en accélérant les dérèglements climatiques, les entreprises génèrent des richesses inépuisables pour leurs propriétaires ultrariches. Mais elles leur donnent aussi du pouvoir, ce qui mine nos démocraties et nos droits. Aucune entreprise ni individu ne devrait avoir autant de pouvoir sur nos économies et nos vies ».

Toujours selon les rapports de l’organisation, il y a 800 millions de travailleuses et travailleurs qui ont vu leur pouvoir d’achat diminuer à cause de l’inflation depuis deux ans. Leurs salaires n’ayant pas suivi la hausse des prix, ils ont perdu l’équivalent d’une moyenne de 25 jours de travail. Alors que l’impôt effectif des entreprises a été réduit de près du tiers au cours des dernières décennies, la privatisation des services publics augmente et l’accès à l’eau et à l’éducation diminue.

Les changements nécessaires

Ce sombre portrait rappelle l’importance de rendre le système fiscal réellement progressif et de fermer les échappatoires des paradis fiscaux pour les grandes fortunes et pour les multinationales.

Ces changements sont nécessaires, mais difficile à mettre en place à cause de la concurrence fiscale entre les pays. Le contexte actuel avec l’administration Trump, qui cherche à réduire davantage l’impôt des plus fortunés et qui s’en prend aux pays qui cherchent à taxer les profits réalisés dans les paradis fiscaux risque de compliquer les efforts pour arriver à une société plus juste.

Lien vers l’étude : https://www.taxfairness.ca/sites/default/files/2025-03/C4TF%20Affordability%20report_0.pdf