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Pour une société respectueuse et accueillante
La laïcité
2025/03/26
La création d’un comité d’étude sur le respect des principes de la loi 21 et sur les influences religieuses, par le gouvernement du Québec, est fort à propos.
Au-delà de sa contribution indéniable au respect de la liberté de conscience des citoyens, à l’égalité entre les sexes, à la neutralité religieuse de l’État et à la séparation de l’Église et de l’État, la laïcité de l’État contribue aussi à une société plus respectueuse et accueillante. Voici pourquoi.
Le Québec, une société plurielle
Le Québec est une société plurielle en ce sens qu’elle embrasse la diversité en termes de religion, de groupes sociaux, de valeurs et de pouvoirs politiques, où différents groupes ont le même droit de se développer librement et de s’engager dans le processus politique.
Dans un monde où les conflits culturels et religieux abondent, où l’antisémitisme et l’islamophobie resurgissent, où la méfiance envers les convictions politiques d’autrui ostracise, il est primordial que les employés de l’État n’affichent aucune préférence politique, culturelle ou religieuse lors de la prestation de services aux citoyennes et aux citoyens.
Imaginez, par exemple, l’inconfort qu’aurait une citoyenne de confession juive d’être servie par un représentant de l’État arborant un keffieh palestinien, d’un citoyen d’origine ukrainienne d’être servi par une représentante de l’État affichant son appartenance à l’Église orthodoxe russe, d’une citoyenne d’origine afghane ou iranienne d’être servie par un représentant de l’État montrant ses accointances avec un islam rigoriste et, cela même si on leur assure la neutralité du service offert.
La laïcité de l’État permet d’atténuer ces possibles inconforts en éliminant toute apparence de conflits d’intérêts, une façon de rendre la société plus respectueuse et accueillante. La laïcité de l’État, comme socle de la vie en société, favorise ainsi l’adhésion et la contribution de tous à la société québécoise.
La Cour suprême
S’ajoutent à cela nos obligations légales. Selon la cour suprême du Canada, la neutralité religieuse doit être incarnée par les représentants de l’État, lorsqu’ils agissent dans le cadre de leurs fonctions. Lorsqu’ils professent, adoptent ou favorisent une croyance à l’exclusion des autres, toujours dans le cadre de leurs fonctions, il y a matière à discrimination par l’entremise d’une exclusion, d’une distinction ou d’une préférence fondée sur la religion.
Toujours selon cette cour, l’objectif de la neutralité est de faire en sorte que l’État demeure – en fait et en apparence – ouvert à tous les points de vue, sans égard à leur fondement spirituel. En n’exprimant aucune préférence, l’État s’assure de préserver un espace public neutre, sans discrimination et libre de contraintes, de pressions et de jugement en matière de spiritualité, à l’intérieur duquel les citoyens bénéficient d’une véritable liberté de croire ou de ne pas croire.
Un espace public neutre tend, selon elle, à protéger la liberté et la dignité de chacun. En plus de promouvoir la diversité, l’obligation de neutralité religieuse de l’État relèverait d’un impératif démocratique.
Le droit des femmes à l’égalitéman
Rappelons aussi qu’en assurant la neutralité religieuse des fonctionnaires en position d’autorité, la loi 21 apporte un jalon essentiel au droit des femmes à l’égalité. La laïcité de l’État est une des conditions sine qua non pour mettre fin aux inégalités qui touchent les femmes telles que promues par les grandes religions monothéistes. En s’assurant de la neutralité religieuse de l’État, la laïcité protège certains lieux publics de l’influence des pratiques religieuses sexistes auprès de ses citoyens.
La promotion de la laïcité fait d’ailleurs partie des stratégies féministes pour contrer les fondamentalismes religieux. En effet, selon l’Association pour les droits de la femme et le développement, les activistes des droits des femmes de l’Amérique latine, sans aucune exception, de même qu’une très grande majorité des activistes d’Europe occidentale, ont nommé la laïcité de l’État comme la mesure la plus urgente qui soit afin de prévenir le renforcement des fondamentalismes religieux.
C’est aussi ce que réclament des Afghanes, des Iraniennes, des Saoudiennes et de nombreuses autres femmes vivant sous le joug de théocraties pour défendre leurs droits.
Rappelons-le, l’égalité entre les femmes et les hommes est une valeur phare de la société québécoise.
Il est ainsi fort heureux que les travaux du comité d’étude, qui visent à renforcer la laïcité des institutions étatiques et à préserver le modèle de laïcité choisi par le Québec, contribueront aussi, ce faisant, à consolider le droit des femmes à l’égalité ainsi que le caractère respectueux et accueillant de la société québécoise.
