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L'aut'journal

435 - Les médias dépendants aux sondages

Une demande de la Fonderie Horne

Pourquoi une étude de biosurveillance?

Par Marc Nantel

2025/03/21

Depuis cinq ans, la fonderie Horne critique les études de biosurveillance de 2018-2019, effectuées par la Santé publique, concernant l’imprégnation de l’arsenic dans les ongles des citoyens du quartier Notre-Dame à Rouyn-Noranda.

Dans ces études, on comparait les résultats avec un groupe témoin habitant la ville d’Amos située à 100 km de R-N. Le taux moyen d’imprégnation des enfants était quatre fois supérieur dans le quartier Notre-Dame.

Les dirigeants de la fonderie ne reconnaissent pas ces résultats et demandent au gouvernement des études indépendantes. Ceci laisse entendre clairement qu’ils considèrent que la Santé publique n’est pas indépendante. Ils ont même demandé qu’elle ne soit plus responsable des études de biosurveillance menées à Rouyn-Noranda. À sa face même, cette demande est une insulte à l’État québécois.

Heureusement, le gouvernement continue de reconnaitre que c’est légalement la Santé publique qui fait office de vigie afin d’assurer que les conditions environnementales soient sécuritaires pour la population.

L’étude de la fonderie

Le 20 février 2025, la fonderie Horne annonce publiquement qu’elle paiera elle-même un programme de biosurveillance qui sera assumé par l’entreprise Intrinsik. Cette dernière fera plutôt des prélèvements d’urine à cinq reprises et un échantillonnage d’ongles d’orteils plus propres selon eux que les ongles de doigts utilisés pour les études de biosurveillance en 2018-2019. Ce seront des employés volontaires et leurs proches qui donneront des échantillons d’urine. D’autres citoyens pourront demander de faire partie de l’échantillonnage.

Lors de cette annonce, le docteur Harmouche, toxicologue, explique que l’échantillonnage des ongles de doigts n’est pas pertinent parce qu’il ne permet pas de différencier l’arsenic organique présent naturellement dans l’environnement et l’arsenic inorganique provenant d’un complexe industriel.

Il faut souligner que le prélèvement d’urine ne permet pas de détecter l’arsenic pendant plus de deux à quatre jours après l’exposition à des émissions provenant de l’usine. Ce test a souvent servi à mesurer l’exposition des employés d’usine afin de voir s’ils ont été contaminés pendant leurs heures de travail. Toutefois, ce test ne permet pas de voir combien d’arsenic s’est fixé dans le corps d’une personne.

Le Dr Harmouche indique que l’échantillonnage à cinq reprises sur une période de dix mois permettrait d’établir une corrélation entre le taux d’arsenic dans l’urine et les émissions provenant de l’usine. Donc, s’il n’y a pas eu d’exposition à des émissions atmosphériques d’arsenic inorganique provenant de l’usine au moment du test, vous n’aurez pas d’arsenic dans l’urine.

Si vous n’avez aucun arsenic dans votre urine, ils concluront que l’arsenic dans vos ongles d’orteils provient d’une source d’arsenic organique et non pas de la fonderie. Sans chercher à identifier les réserves à ce genre de programme, on peut voir qu’il va y avoir beaucoup de critiques sur les conclusions.

Afin d’appuyer ce genre de test, les dirigeants de l’usine ont déjà souligné qu’ils voulaient répéter l’étude de biosurveillance sur l’urine, qui avait eu lieu autour de 2005-2006. Elle s’était tenue dans le quartier Notre-Dame. Les résultats avaient été comparés avec un groupe témoin résidant à Évain, soit à une dizaine de kilomètres seulement de la fonderie. On concluait qu’il n’y avait pas de différence entre les deux groupes et que tout était normal. J’ai demandé à quelqu’un au sein de la Santé publique pourquoi on n’avait pas utilisé le même protocole qu’en 2005-2006. On m’a répondu que les études avaient progressé depuis le temps et que nous étions rendus à une autre époque.

La Santé publique réagit fortement

Dans un communiqué officiel, la Dre Omobola Sobanjo (directrice de la Santé publique de l’Abitibi) répond de façon très claire que le programme annoncé n’est pas pertinent.

Docteure Sobanjo définit donc deux conditions essentielles pour justifier la pertinence de mener une nouvelle étude de biosurveillance, ce que ne remplit pas la fonderie Horne.

1. La diminution significative de la moyenne annuelle des concentrations d’arsenic dans l’air ambiant. L’atteinte de la cible de 15 ng/m3 en 2027 représenterait une diminution significative des émissions d’arsenic dans l’air ambiant.

2. La décontamination des terrains du quartier Notre-Dame selon les exigences émises par le ministère de l’Environnement, de la Lutte aux changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Or, seule une fraction des travaux ciblés a été réalisée.

Elle explique que « ces conditions visent une réduction significative et soutenue de l’exposition de la population aux émissions polluantes de l’entreprise et ne sont actuellement pas rencontrées. Ainsi, réaliser des mesures additionnelles de biosurveillance à ce moment n’ajoute vraisemblablement pas d’information utile pour guider notre appréciation de la situation et nos actions de santé publique. Nous considérons que le meilleur moyen de protéger la population des effets potentiels à la santé des contaminants émis par la Fonderie Horne demeure l’atteinte des seuils d’émissions et l’assainissement de l’environnement ».

Cette remarque ressemble beaucoup à celle du comité interministériel de 2004 composé par le ministère de l’Environnement, le ministère de la Santé et des Services sociaux et l’Institut national de santé publique :

« Finalement, le groupe de travail ne croit pas qu’une évaluation de risques de grande envergure soit nécessaire pour améliorer la connaissance de la situation. On dispose actuellement de renseignements suffisants pour affirmer que les émissions d’arsenic dans l’air ambiant doivent être mieux contrôlées à la fonderie Horne. »

Pourquoi un autre programme de biosurveillance?

La question se pose puisque la fonderie n’a pas encore rempli toutes ses obligations en ce qui a trait à l’autorisation ministérielle imposée par le gouvernement concernant l’arsenic qui se termine en 2028.

Plusieurs hypothèses peuvent être émises. La première qui me vient à l’esprit est que les dirigeants cherchent à prouver que la population n’est pas contaminée par l’arsenic provenant de l’usine, mais bien par d’autres sources, comme l’alimentation et l’eau.

Ceci permettrait de faire une campagne promotionnelle qui la dédouanerait des conclusions des rapports de biosurveillance de la Santé publique. Ceci donnerait une meilleure image corporative et ça permettrait de justifier qu’il n’y a pas d’urgence à atteindre les cibles de l’autorisation ministérielle.

On peut aussi expliquer le tout par une stratégie qui est utilisée par plusieurs entreprises qui est de créer la confusion. En ajoutant des études qui sont contradictoires, on sème le doute, ce qui diminue la confiance dans l’institution. On a vu ce genre de stratégie au niveau des cigarettiers dans les années 80 ou encore dans le dossier du glyphosate.

On peut aussi penser que cette étude pourrait servir lors des séances du recours collectif intenté contre elle et le gouvernement. Elle permettrait d’affaiblir les prétentions des plaignants à propos des impacts négatifs sur leurs conditions de vie provoqués par les émissions de la Fonderie Horne.

La population devra se questionner sur l’indépendance de cette recherche. Nous sommes dans la situation où le pollueur paie pour l’étude. Il y apparence de conflit d’intérêts. La fonderie ne voudra certainement pas démontrer par ce programme qu’elle contamine la population.