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L'aut'journal

436 - Carney-Poilievre : oui à la gestion de l'offre... du pétrole!

Pourquoi pas une démarche conjointe vers l’indépendance?

Le Québec et le Groenland

Par André Binette

2025/04/02

Le Québec et le Groenland ont plusieurs choses en commun. Ils font partie de l’Amérique du Nord sur son versant atlantique. Ce sont des États autonomes et démocratiques non souverains qui siègent au Conseil de l’Arctique aux côtés du Canada, des États-Unis, de la Russie, des pays scandinaves et d’organisations autochtones.

Leurs territoires sont vastes : 1,5 millions de kilomètres carrés pour le Québec, près de 2,2 millions pour le Groenland. Ce sont d’immenses réservoirs de ressources naturelles, notamment minérales.

Ils ont été colonisés par une puissance européenne après avoir été habités par des Autochtones pendant des millénaires. La côte est du Canada aurait été découverte par des Vikings partis du Groenland qui se seraient peut-être aventurés jusque dans le Saint-Laurent. Ils sont convoités par Donald Trump pour qui il serait normal qu’ils désirent ardemment être annexés par les États-Unis.

Qui plus est, ils songent depuis longtemps à devenir indépendants et pourraient le devenir à peu près au même moment de l’histoire mondiale, qui est en pleine transformation structurelle.

Les événements politiques les plus marquants du 20e siècle ont été les deux guerres mondiales. Elles ont provoqué de nombreux changements géopolitiques, dont l’apparition de douzaines de nouveaux États souverains. Plusieurs ont été créés en Europe de l’Est après la première. La seconde a affaibli les empires britannique et français et conduit à leur démembrement dans les années qui ont suivi.

Nous entrons maintenant dans une nouvelle période de grande instabilité qui ébranle le monde. L’ordre planétaire issu de la géopolitique de 1945 a vécu. Dans les périodes de remise en question des rapports de force entre grandes puissances, celles-ci jouent souvent elles-mêmes le rôle de perturbateurs plutôt que de garants de la stabilité. Une grande puissance déclinante peut être particulièrement dangereuse et imprévisible parce qu’elle n’accepte pas que le monde cesse de continuer à tourner autour d’elle.

Dans cette perspective désordonnée, que peuvent faire de petits peuples comme les Québécois, dont beaucoup aspirent à l’indépendance sans remettre en cause leur sécurité? Réponse : attendre l’heure de saisir les occasions inédites qui se présenteront, mieux se préparer, et nouer des liens avec d’autres peuples des environs qui se trouvent dans une situation historique similaire.

L’Écosse et la Catalogne

Les Écossais et les Catalans ont tenté dans la dernière décennie d’accéder à la souveraineté. Ils n’ont pas réussi, mais feront sans doute au moins une autre tentative pacifique et démocratique. Leur démarche présente des affinités évidentes avec celle du peuple québécois. Ils font partie des peuples développés de l’Occident. Cependant, leurs cycles politiques actuels ne semblent pas coordonnés avec le nôtre.

En Écosse, le parti indépendantiste au pouvoir depuis une quinzaine d’années, le Scottish National Party, n’est pas assuré d’être réélu l’an prochain. Un second référendum n’est pas en vue après l’échec honorable du premier.

En Catalogne, la virulence de la répression du référendum et l’emprisonnement de leaders indépendantistes a conduit au moins temporairement à un changement de stratégie. Celle-ci consiste présentement à obtenir de nouveaux pouvoirs, notamment sur l’immigration, d’un gouvernement espagnol minoritaire qui dépend du soutien de l’équivalent du Bloc québécois pour gouverner le pays.

Il aurait été souhaitable que le Québec devienne souverain en même temps que l’Écosse ou la Catalogne, ou peu après. L’émergence d’un nouvel État dans ce qu’on appelait le premier monde aurait moins surpris ou choqué, et aurait peut-être moins provoqué de réactions intempestives.

Le Québec aurait pu trouver des alliés non seulement chez ces nouveaux États, mais aussi chez ceux qui auraient été prêts à les soutenir. Le Québec a un intérêt évident à ne pas être le seul nouvel État en Occident.

Une démarche conjointe

Le hasard fait parfois bien les choses. Au moment où une nouvelle conjoncture pourrait ramener le Parti Québécois au pouvoir l’an prochain, un plus petit peuple, situé à un endroit critique sur la carte du monde actuel qui se trouve dans notre voisinage géographique, fait savoir qu’il passera à l’indépendance. Ce petit peuple veut minutieusement préparer sa transition et échapper aux manœuvres des grandes puissances. Il a besoin d’appuis. Ça tombe bien, nous pouvons nous entraider.

Le Groenland a déjà un statut d’État associé avec l’Union européenne. Ça devrait nous intéresser. Nous voulons une forme d’association avec ce qui restera du Canada. Pourquoi ne pas travailler ensemble pour que nos associations respectives forment un pont entre l’Union européenne et le Canada?

Pourquoi pas un partenariat entre le Groenland et le Québec pour que les deux États deviennent des États associés sur les deux continents? Le Groenland et le Québec pourraient être tous deux des États associés du Canada et de l’Union européenne.

Pourquoi pas une démarche conjointe vers l’indépendance? Elle pourrait commencer au lendemain des élections québécoises de l’an prochain. Elle donnerait immédiatement au projet historique du Parti Québécois la grande visibilité internationale dont il a besoin.

Une alliance avec le seul État autochtone d’Amérique du Nord, doublée d’une reconnaissance respectueuse des droits autochtones à l’intérieur de la République du Québec, faciliterait la reconnaissance internationale et l’intégrité territoriale des deux États.

Le Québec développerait ainsi une nouvelle vision de son identité et de sa place unique dans le monde du 21e siècle, une nécessité incontournable pour inspirer les jeunes générations et réussir l’indépendance.

Comme l’a dit une ministre groenlandaise : « Nous n’avons pas besoin d’une date pour l’indépendance, nous avons besoin d’un plan. »

L’ouverture du Danemark à l’indépendance du Groenland pourrait exercer une influence heureuse sur le Canada. Pour sa part, le Québec devra démontrer que sa diplomatie sera innovante et constructive. Il contribuera ainsi à une sortie de crise planétaire et sera le bienvenu dans un monde réinventé. La légitimité et la parenté des projets souverainistes du Québec et du Groenland ne font aucun doute.

Et leurs pays sont des hivers.