438 - Vive la décroissance. Karl Marx (revisité)
CAQUE. Le nom de l’emploi
Billet
Par Michel Rioux
2025/06/04
On avait fait les gorges chaudes, en France, quand François Mitterrand avait nommé Édith Cresson ministre de … l’Agriculture.
L’hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné tient toujours une rubrique sous le titre : Comme son nom l’indique. On y trouve des perles comme celles-ci : « Dans Ouest-France : Matthieu Laumonier sera ordonné prêtre pour le diocèse de Rennes… » Ou encore : «Sur France culture : La bonne humeur n’étant pas innée, le psychiatre Michel Lejoyeux nous invite à la comprendre pour mieux la cultiver…» Une dernière : « Dans Le Journal d’ici : Olivier Sourd à l’écoute des comédiens en difficulté… »
Pour François Legault, comme pour les blocs du même nom, « Toutte fitte dans toutte ! » Encore le 1er juin, alors qu’il commentait le programme de Mark Carney, qui veut mener à terme de grandes infrastructures à travers le Canada, le premier ministre disait du projet de ligne de transmission d’électricité Labrador-Québec, qu’il « fittait » avec le programme fédéral… Dans son Dictionnaire de la langue française, Léandre Bergeron donne comme exemple de l’utilisation de ce mot anglais : Ce manteau te fitte bien.
(Ironie du sort, c’est cette même journée que les mesures du ministre Jean-François Roberge exigeant la nette prédominance du français dans l’affichage, adoptées en juin 2022, entraient en vigueur. Il s’est trouvé plusieurs commerces à plaider avoir manqué de temps. Imaginez, trois ans…)
Mais ce projet fédéral risque de donner lieu à un maquignonnage de bas étage. La porte est en effet entrouverte pour le passage d’un pipeline transportant ce que Legault décrivait, il y a quelques années, comme du « pétrole sale de l’Alberta ». Pipeline qui, à partir du port de Sept-Îles, voguerait vers d’autres cieux. On ne voit pas où le Québec pourrait y trouver son intérêt.
Mais François Legault s’y connaît en matière de ces blocs Lego, avec lesquels on peut construire n’importe quoi à partir des mêmes morceaux. Ici, un pont. Ici, un tunnel. Là, une usine Northvolt. Là, une usine de camions électriques.
Il s’agit de manipuler l’opinion comme on manipule ces petites pièces de plastique. Mais ça ne fonctionne pas toujours, ces manipulations. Northvolt ne sera pas la Baie-James du 21e siècle, comme l’avait proclamé, le torse bombé, François Legault.
Un autre, qui a le nom de l’emploi, c’est le ministre du Travail, Jean Boulet.
Ce n’est pas un poids lourd, convenons-en. Mais il est pesant. Et son passé d’avocat patronal transpire dans cette loi adoptée à la sauvette, loi qui transforme le rapport de forces en faveur des employeurs en cas de conflit.
Le jour même où les travailleurs de la construction déclenchaient une grève, il disait : « On ne peut se permettre d’être patient ! » Les nouvelles dispositions de la loi lui permettent en effet de mettre fin à une grève qui « dérange ».
C’est ainsi qu’on l’a entendu à tous les micros, d’une voix aussi obséquieuse que dramatique, étreint par l’émotion, déplorer que des enfants autistes n’aient pas reçu les soins requis pendant la grève des enseignants.
Ou encore, dénoncer que des familles ne puissent prendre possession de leur logis en raison de la grève. Dans ce cas précis, on se demande bien ce que faisait son gouvernement pendant les sept dernières années en matière de logement, avec une ministre manifestement plus intéressée par ses escarpins à 1 200 $ la paire qu’à trouver des solutions à la pénurie de logements.
Mais c’est lorsqu’il adopte un ton sentencieux que le ministre porte vraiment son nom. Comme ce fut le cas il y a quelques jours. « Il y a une culture quand même de militantisme au Québec qui a des conséquences et ça génère des discussions aux tables de négociations qui sont assez intensives et, parfois, ça provoque des conflits de travail », a-t-il avancé.
La présidente de la CSN, Caroline Senneville, l’a retroussé en déclarant que « c’est grâce à cette ‘‘culture’’ du militantisme que le Québec est l’endroit où les inégalités sociales sont parmi les moins grandes ».
Quelques semaines avant les élections de 2018, j’écrivais, citant Le Petit Robert, que « la caque est une barrique où on conserve les harengs salés. Au figuré : Serrés comme des harengs en caque. Locution proverbiale : La caque sent toujours le hareng ; on porte toujours la marque de son origine… »
Et ça sent de plus en plus mauvais!
