438 - Vive la décroissance. Karl Marx (revisité)
En faisant griller du pain toasté des deux bords sur le rond du poêle à bois
Doux souvenirs de VLB
Par Pierre Dubuc
2025/06/11
Il y a deux étés, en revenant de Saint-Fabien-sur-mer, ma conjointe, Ginette, et moi, nous nous étions arrêtés chez Victor-Lévy à sa maison de Trois-Pistoles. Nous ne l’avions pas prévenu de notre visite. Aussi, après avoir frappé à la porte, sans avoir obtenu de réponse, nous nous apprêtions à nous en aller, lorsqu’un dernier regard, jeté à travers la fenêtre, nous a permis de le voir, dans une pièce de l’autre côté de la maison, qui nous faisait signe d’entrer.
Voyant notre étonnement de le voir assis dans une chaise roulante, il nous a expliqué qu’il avait besoin de soins médicaux quotidiens et il nous a fait part de son incrédulité qu’il ait fallu faire venir une infirmière de l’Ontario pour lui prodiguer des soins, ses déplacements et son hébergement défrayés par le ministère. « Voilà, c’est là où nous en sommes rendus », a-t-il ajouté débiné.
Il nous a dit qu’il travaillait à la rédaction de carnets sur la guerre en Ukraine et il m’a félicité pour avoir dénoncé, dans les pages de L’aut’journal, cette va-t’en guerre, porte-parole du lobby ukrainien, qu’était la ministre Chrystia Freeland.
Avant notre départ, il m’a invité à continuer à lui faire parvenir, à chaque parution, une dizaine d’exemplaires du journal que, fidèle camelot depuis des lustres, il s’assurait de faire parvenir au dépanneur de la station-service sur la 132 près de chez lui pour une distribution gratuite.
En reprenant la route, Ginette et moi, nous nous sommes rappelé les merveilleux moments passés en sa compagnie. À une époque, nous nous arrêtions chaque année chez Victor. Il nous préparait un festin, coupait des branches de sapin pour embaumer l’air de notre chambre. Vers la fin de la soirée, Ginette et Victor partageaient un plaisir commun, des toasts rôtis sur le rond du poêle à bois.
Nous échangions alors, assis autour du poêle, des souvenirs d’enfance. Une fois, je l’avais étonné avec l'expression « Marcel, mon garçon », que ma grand-mère utilisait pour distinguer son fils des deux autres Marcel qu'avaient mariés ses filles. À ma grande surprise, quelques mois plus tard, il publiait un court roman, intitulé « Absalon, mon garçon », basé sur cette expression.
Victor nous a fait l’immense honneur, à Ginette et moi, de nous dédicacer son James Joyce, l’Irlande, le Québec et les mots. De plus, sur une des pages blanches à la fin du livre, il avait dessiné de sa main un cœur dans lequel il avait écrit : « Je vous aime. » Nous l’aimions aussi.
