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L'aut'journal

438 - Vive la décroissance. Karl Marx (revisité)

Du Mexique à la «Tierra del Fuego»

La vision impérialiste de Donald Trump

Par Donald Cuccioletta

2025/06/13

Depuis son inauguration, nous avons été témoins de la stratégie de Donald Trump pour imposer sa volonté impérialiste sur les Amériques. En plaçant les États-Unis au cœur des Amériques, Trump démontre la continuité de sa politique avec l’ancienne doctrine du président James Monroe (1817-1825). Il veut la mainmise sur le Groenland. Et le passage dans l’Arctique, qui relie l’Atlantique et le Pacifique, est sécurisé avec le consentement du Canada, pour l’instant, pour un partenariat avec les États-Unis, comme c’était le cas par le passé.

La Doctrine Monroe a été proclamée pour affirmer la puissance et assurer l’hégémonie des États-Unis. Elle est au cœur de la Destinée manifeste (Manifest Destiny), un des thèmes bibliques fondateurs et unificateurs de la « nouvelle Jérusalem » (City upon a Hill), pour justifier l’expansion des États-Unis vers l’Ouest jusqu’au Pacifique.

La doctrine Monroe, proclamée le 2 décembre 1823, repose sur trois principes essentiels :

  • Le continent américain est fermé à toute nouvelle colonisation européenne.
  • Toute tentative européenne d’intervention sera perçue comme une agression envers les États-Unis.
  • En retour, les États-Unis s’engagent à ne pas intervenir dans les affaires européennes. (Franck Favier, Amérique, un continent, deux mondes, 2012)

Cette doctrine, qui visait à écarter les puissances européennes, justifiait l’interventionnisme croissant des États-Unis face à l’émergence de nouvelles républiques en Amérique latine : Mexique (1821), Haïti (1804), Venezuela (1811), Pérou (1821), Brésil et Argentine (1822-26), Colombie (1821), et la Fédération d’Amérique centrale (1837-39).

La question demeure : l’Amérique latine s’est-elle vraiment libérée à cette époque, ou bien s’est-elle simplement soumise à une autre puissance?

La nouvelle présidente de gauche du Mexique, Claudia Sheinbaum, a récemment affirmé avec force, dans une déclaration devant son Parlement, appuyée par 417 votes contre 36 : « Le Mexique, en aucune circonstance, n’acceptera des interventions, des ingérences ou tout autre acte provenant de l’étranger, qui porterait atteinte à l’intégrité, l’indépendance et la souveraineté de la Nation. »

Or, Trump était déjà passé à l’offensive en inscrivant six cartels mexicains sur une liste d’organisations « terroristes ». Ainsi, toujours à l’attaque, il démontrait qu’il est prêt à soumettre le Mexique à l’impérialisme des États-Unis, comme si toute l’Amérique lui appartenait.

Maintenant que Trump a déjà exprimé ses intentions à l’égard du Canada et du Groenland, nous constatons qu’il est déjà entré en action pour étendre son influence sur le Mexique, les Caraïbes, l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud.

Déjà, l’ex-président George W. Bush cherchait, avec le libre-échange, à établir sa mainmise sur le sud du continent. En somme, avec l’objectif d’un contrôle total sur les Amériques, Trump, animé par une vision impérialiste, semble vouloir dire : « Je suis désormais le président de toutes les Amériques. »

Tour d’horizon

Déjà, nous avons été témoins de la volonté de Trump, avec la complicité du secrétaire d’État Marco Rubio, d’exercer son contrôle sur Haïti. Ce pays est aux prises avec des bandes armées – dont l’arsenal provient en grande partie des États-Unis – dans un contexte de pauvreté et d’insécurité alimentaire croissantes, ainsi que d’un effondrement économique certain. Que dire également des sept membres du conseil présidentiel de transition du pays, qui forment un soi-disant gouvernement, non élu et sans légitimité constitutionnelle, et qui semblent avoir été mis en place comme de faux politiciens ?

Trump persiste dans sa volonté d’anéantir Cuba. Pour lui, ce pays ne devrait tout simplement pas exister. Sa stratégie vise la destruction du réseau électrique, une ressource fondamentale pour Cuba. Il cherche également à miner le développement de la médecine cubaine, pourtant crucial pour la population de l’île. À cela, ajoutons sa volonté de bloquer toute possibilité d’exploitation pétrolière, d’affaiblir l’agriculture et, surtout, de détruire le communisme.

Nous savons déjà que Donald Trump veut renommer le golfe du Mexique « golfe des États-Unis ». Alors, pourquoi ne pas contrôler le canal de Panama ? Sous sa gouverne, la puissance américaine vise à renverser Nicolás Maduro et à s’approprier les ressources pétrolières du Venezuela pour enrichir les États-Unis.

En Colombie, le président Gustavo Petro, reconnu pour son orientation de gauche, approche de la fin de son mandat. Pour Trump, cela représente une nouvelle occasion de mainmise, en vue de renforcer la droite et de consolider l’influence américaine dans la région.

Depuis longtemps, les États-Unis perçoivent l’Amérique du Sud comme un réservoir de ressources à contrôler. Pour Trump, l'enjeu est clair : saisir cette dernière grande économie afin de renforcer sa présidence, affirmer sa politique étrangère, et parachever la construction d’un empire moderne sous domination américaine. Il s'agit, en somme, d'ancrer la dernière pièce d’un projet impérialiste global, et de hausser encore davantage la puissance des États-Unis sur l’échiquier mondial.

Au Pérou, la présidente Dina Boluarte gouverne avec une orientation marquée vers la droite. Une question essentielle se pose en vue des élections de 2026 : comment préserver cette orientation tout en consolidant son pouvoir, tout en empêchant le retour d’éléments de gauche sur la scène politique ?

Le Pérou traverse une crise sociale et institutionnelle profonde, et la majorité du pouvoir électoral est sous l’influence de la droite, qui cherche à maintenir son emprise sur le pays malgré une population de plus en plus divisée et méfiante.

Le nouveau président de l’Équateur, Daniel Noboa, est, lui aussi, aligné à droite, mais, en plus, entouré des oligarques du pays. Son élection, tout comme celle de Dina Boluarte au Pérou, s’inscrit dans cette vague conservatrice, qui traverse une partie de l’Amérique du Sud.

Les États-Unis d’abord

En voyant cela, Trump a exprimé sa position par rapport à l’Amérique latine : « Nous n’avons pas besoin d’eux (…) ce sont eux qui ont besoin de nous. » Encore une fois, Trump instrumentalise les pays plutôt que de les voir comme des partenaires politiques.

Déjà, la Heritage Foundation, un influent groupe de réflexion conservateur, proche du Parti républicain, et, surtout, Donald Trump sont partisan de la doctrine « Make America First ». Ainsi, l’Amérique latine doit s’attendre à une période de turbulences. Le nouveau Secrétaire d’État Marco Rubio a été clair à ce sujet : « Les États-Unis useront de la force pour définir leurs intérêts et leurs valeurs, ‘‘ L’Amérique d’abord, l’Amérique latine après’’. » Ce discours illustre bien les priorités du gouvernement américain de Trump.

Le message de Washington du président Trump : « Les pays d’Amérique latine ne sont pas des partenaires, mais plutôt des ‘‘alliés’’ qui acceptent une posture de subalternes, de concurrents et d’ennemis. » Selon Trump, les dirigeants de l’économie et les banques ont bien compris le message : « Les États-Unis d’abord ! »