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L'aut'journal

438 - Vive la décroissance. Karl Marx (revisité)

Trudeau et sa guerre contre le Québec

Trudeau et sa guerre contre le Québec

Par Robin Philpot

2025/06/18

Parmi les titres qui auraient pu coiffer l’excellent livre de Guy Bouthillier, Pierre Elliott Trudeau le bagarreur, ses relations tumultueuses avec le Québec, celui qui coiffe le présent article aurait fonctionné. D’autres qui reflètent bien l’ouvrage auraient pu être Trudeau le vire-capot ou Pierre Trudeau, Les mémoires qu’il n’a pas voulu écrire. Au fond, le titre le plus exact pour cet ouvrage, fruit de plus de 10 ans de travail, serait Trudeau par lui-même (non censuré).

Guy Bouthillier s’est attaché à comprendre pourquoi cet homme qui, jusqu’à l’âge de 26 ans, était un ardent nationaliste québécois (ou canadien-français), qui aspirait à la liberté et à l’égalité, est devenu celui qui, en 1970, a imposé les mesures de guerre sous le prétexte farfelu d’une « insurrection appréhendée », envoyé 12 500 soldats canadiens au Québec, incarcéré sans mandat et sans accusation 500 personnes et fait fouiller plus de 10 000 foyers.

Il voulait savoir aussi comment le même homme, dont les lectures de prédilection à la fin des années 30 et au début de la Seconde Guerre mondiale étaient les œuvres de Robert Brasillach, Léon Degrelle, Corneliu Codrean et autres Charles Maurras, tous collaborateurs et antisémites décomplexés, fusillés, exilés ou emprisonnés après la défaite des nazis, pouvait, à son tour, accuser le mouvement souverainiste québécois des années 60 et 70 dirigé par Pierre Bourgault, René Lévesque et Jacques Parizeau d’être une réplique des nazis.

Trudeau se plaisait à lancer ces accusations en anglais. Ainsi, au Montreal Star, qui reprenait textuellement un brûlot publié d’abord dans Cité libre, Trudeau a écrit, « Separatism, a social revolution? My Eye. A counter revolution: A National-Socialist Counter Revolution ». Ce texte entier ou des extraits ont paru à Toronto et dans une prestigieuse publication américaine.

Pour répondre à ces questions, Bouthillier a lu tout ce que Trudeau a écrit et dit depuis son jeune âge, mais aussi tout ce qui a été écrit ou dit à son sujet par ses collaborateurs, biographes et adversaires. Tel un casse-tête de 5 000 morceaux, il réussit à donner du sens à des morceaux à première vue disparates qui, pris isolément et hors contexte, n’en auraient pas. Le résultat est un essai, qui se lit comme un roman : on veut savoir comment ça finit.

Qui était Trudeau?

Quoiqu’injuste, car trop court, voici un résumé des réponses de l’auteur. Pierre-Elliott Trudeau était habité d’une ambition dévorante d’être le premier, d’être le chef. Cette ambition était accompagnée d’un mépris profond des gens qui étaient sous lui, mais aussi d’une fascination pour la violence, d’abord les poings, mais aussi les armes, verbales ou militaires. Il avait été élevé de sorte qu’il était à la fois « canadien-français » de par son père et anglais de par sa mère, pouvant passer de l’un à l’autre, selon les circonstances et humeurs politiques et géopolitiques du moment.

Le moment clé, selon Bouthillier, a été le séjour à Harvard de ce jeune et ardent anticonscriptionniste, où il s’est trouvé entouré de jeunes combattants revenus du front. C’est là qu’il entame son revirement en se rendant compte que le peuple québécois ne faisait tout simplement pas le poids dans le Canada.

Ce revirement se serait consolidé, notamment par sa rencontre avec Frank Scott, professeur de droit à McGill, avocat, écrivain et président du parti politique récemment formé le CCF. Cette rencontre serait déterminante dans le nouveau chemin choisi par Trudeau, celui d’être toujours le premier, le chef, non pas du Québec, mais du Canada.

C’est en prenant ce chemin que Trudeau commencera à déverser le fiel de son mépris et de sa violence sur ce peuple, dont il est issu et qu’il traitait de « froussard » et de « médiocre ».

Le Canada anglais porte Trudeau aux nues. Certains biographes ont attribué à tout le Québec ses dérives idéologiques et violentes des années 40, tout en refusant de voir un lien avec ses dérives idéologiques et violentes contre le peuple québécois dans les années 60, 70 et 80.

En terminant le livre, je me trouvais à regretter que Jacques Parizeau n’ait pas vécu assez longtemps pour le lire. Cela l’aurait conforté, lui qui a été pendu haut et court pour une simple déclaration malheureuse, alors que l’on continue à placer Trudeau au panthéon des grands démocrates du monde.