439 - Carney s'enrichit, le peuple s'appauvrit
Billet
Déliquescence
Par Michel Rioux
2025/09/09
« Une décadence complète, une perte de force, de cohésion ou de qualité morale menant à la ruine ou à la décomposition, que ce soit pour une personne, une civilisation ou une institution. » C’est la définition de la déliquescence.
Tout est bien sûr une question d’échelle…
Ce qui se passe aux États-Unis et au Québec ne prend pas les mêmes proportions. Tout le monde le comprendra.
Au sud de la frontière, vous avez un matamore dont l’essentiel de la politique est le bullying, qu’il nourrit de vantardises, d’extravagances, de menaces, de mensonges éhontés. « Trump est le bully en chef. Un tyran sociopathe dont le seul but est de soumettre les autres à sa volonté. Il est impossible d’apaiser un bully. Lui donner raison ne fait que l’encourager à poursuivre. La seule façon de négocier avec un bully, c’est de s’associer à d’autres et de se tenir ensemble », a écrit récemment Robert Reich, qui fut secrétaire au Travail dans l’administration Clinton.
Il ne se passe pas une journée sans que ce narcissique n’apparaisse à la télévision pour signer des décrets plus loufoques les uns que les autres. Pensons au retour des pailles en plastique; à la dérégulation du débit de l’eau dans les douches; au golfe du Mexique, qui devient le golfe de l’Amérique; à la fin des contrats aux firmes d’avocats qui l’ont poursuivi.
Ça devient plus sérieux quand il soutient que les éoliennes nous tuent; qu’il affirme avoir mis fin à six guerres; qu’il ne voit pas de conflit d’intérêts à accepter personnellement un avion de 400 millions $ du Qatar, principal financier du Hamas.
Ça devient proprement scandaleux quand, avec Israël, il envisage de vider de ses deux millions d’habitants la bande de Gaza. Au profit d’oligarques, dont son gendre, Jared Kushner, qui caresse depuis longtemps le projet de faire de la région une station balnéaire genre Riviera.
C’est ce que le Washington Post rapportait, faisant état d’un document de 38 pages discuté dans le bureau ovale. Le plan prévoirait un versement de 5 000 $ à chaque Palestinien déplacé, le paiement de quatre années de loyer. Des rumeurs veulent que le pays choisi pour accueillir ces personnes déplacées soit le Soudan du Sud. Médecins sans Frontières rapporte que la guerre civile qui y sévit aurait fait quelques 400 000 victimes et que 2 200 personnes fuyant la guerre ont trouvé refuge dans des pays voisins.
On a déjà vu mieux comme terre d’accueil…
Et au Québec…
On pourrait se consoler en se disant qu’au Québec, nous ne jouons pas dans un film aussi macabre. Mais dans ce demi-pays, comme le nomme Jean-François Nadeau, si nous ne volons pas aussi haut dans la sphère de la déliquescence, nous faisons quand même des efforts pour y parvenir…
Le dernier chapitre d’une longue série se joue sous nos yeux avec la commission présidée par le juge Gallant.
« Imputabilité! » Voilà le mot martelé plus d’une dizaine de fois par le premier ministre, François Legault, devant le juge Gallant. En jurant du même coup, au moins une dizaine de fois, qu’il n’avait appris les dépassements de coûts à la SAAQ qu’en février 2025, en lisant le rapport de la vérificatrice générale. Après huit ans, il a juré croire que les coûts du projet étaient toujours de 458 millions $.
Et pourtant…
Trois présidents de la société d’État, trois ministres, deux secrétaires généraux du gouvernement, ses sous-ministres en quelque sorte, un directeur de cabinet à qui il accorde toute sa confiance depuis 25 ans savaient, ou auraient dû savoir, que la facture allait presque tripler.
Et rien de tout cela n’est parvenu à ses oreilles? Avouons que cela fait beaucoup de personnes qui devront être redevables du fait que le premier ministre ait été tenu dans l’ignorance pendant si longtemps.
Parlant d’imputabilité…
Qui assumera la responsabilité du fiasco de Northvolt, dont on a décrété l’arrêt de mort le 2 septembre, après que 510 millions $ y ait été englouti? François Legault, qui se bombait le torse en affirmant qu’il s’agissait là de la Baie James du XXIe siècle? Ou bien son ancien ministre, l’arrogant et désinvolte Pierre Fitzgibbon, qui s’est illustré en lançant la valse des millions dans des canards boiteux comme, par exemple, LION Électrique, où 177 millions $ ont été flambés, ou encore 322 millions $ dans l’usine Écopro de Bécancour, qui a suspendu ses travaux en juin dernier?
Ce n’est pas les USA, bien sûr. Mais disons que la CAQ met l’épaule à la roue sur le plan de la déliquescence de l’État québécois.
