439 - Carney s'enrichit, le peuple s'appauvrit
Un rendez-vous avec un être humain extraordinaire
Florent Vollant, Innu
Par Alain Dion
2025/09/09
Quel beau voyage que ce film documentaire. D’emblée au cœur de l’immensité et de la richesse du territoire Innu, le Nitassinan. Terre nourricière, sans frontière et sans chemin, terre de migrations millénaires. Voyage également, et surtout, aux sources de ce qui a nourrit l’imaginaire et la musique de Florent Vollant, ce fils de nomades, héritier et passeur de fierté et de dignité. Cet être lumineux, amoureux des siens, de sa langue et de sa culture ancestrale.
Florant Vollant qui, malgré la blessure de l’enfermement des pensionnats autochtones où l’on a tenté de « tuer l’indien dans l’enfant », aura toujours travaillé à bâtir des ponts entre les générations et entre les nations de chez nous sans chercher de coupables. Que ce soit au sein du duo Kashtin, avec son complice d’alors, Claude McKenzie, ou tout au long de sa prolifique carrière solo, l’auteur-compositeur aura agi comme un véritable ambassadeur de la nation Innue.
Un « road movie » intérieur
Aujourd’hui, passablement ralenti par un accident vasculaire cérébral (AVC), Florent Vollant ne foule plus les scènes du Québec et du monde. Sa voix endoucie n’en est pourtant que plus forte et plus vivante. À travers ce documentaire, il nous livre avec patience et sérénité un témoignage qui résonne peut-être encore davantage que ses multiples concerts et apparitions publiques, qu’il nous aura offerts au cours des trente dernières années.
Tout au long de ce « road movie » intérieur, Florent Vollant se raconte, se dévoile. Parfois installé simplement dans sa maison à Mani-utenam ou dans les studios Makusham, lors de l’enregistrement de son dernier album Tshitatau où il s’amuse avec ses acolytes musiciens.
Il partage également des moments d’intimité familiale sur la plage qu’il a tant aimé arpenter, au bord de la mer près de sa communauté. Observant l’horizon avec ses enfants, Mathieu McKenzie et sa fille Judith McKenzie, il partage des bribes de sa vie. L’amour incommensurable de ses parents. Le bonheur rayonnant de sa propre paternité. Ses blessures d’enfance et ses détours parfois délinquants.
Mais c’est lorsque qu’il nous parle de l’immensité du territoire, du son du vent dans les arbres, du froid l’hiver, du bruit de l’eau sous le canot ou de la lumière nouvelle à chaque saison que nous saisissons toute l’influence que la nature et la vie en forêt ont eu sur lui.
Un voyage initiatique
Cette part du témoignage est d’autant plus touchante, qu’elle est illustrée par un voyage initiatique sur les terres ancestrales, que font ses enfants Judith et Mathieu, accompagnés de leur oncle Raoûl Vollant, frère de Florent.
Tout au long d’un long périple en train vers le nord, le frère et la sœur écoutent leur oncle raconter émotivement l’enfance nomade de la famille Vollant, installée à l’époque au Labrador. Puis, leur déracinement vers le sud, vers « la réserve », exilés par le gouvernement et les compagnies minières, qui empoissonnèrent l’eau des lacs poissonneux où ils pêchaient et le territoire où ils chassaient. Extrêmement déchirante, cette séquence du film illustre admirablement les blessures profondes faites au peuple Innu.
Toutes et tous devraient voir ce film. C’est à la fois un baume pour le cœur et une aventure fascinante dans une lointaine contrée culturelle, pourtant si près de nous. Un rendez-vous avec un être humain extraordinaire. Florant Vollant, Innu de la cinéaste Isabelle Longnus aura su capter tout en douceur et dans le respect la sagesse et l’humilité de Florent Vollant. Et de cette rencontre intime, se dessine également une part de l’Histoire des Premières nations de notre coin de pays des Amériques.
Florent Vollant, Innu. 2025
Réalisation : Isabelle Longnus
Maison de production : Nikan Productions
Distribution : Maison4tiers
