439 - Carney s'enrichit, le peuple s'appauvrit
Pour que le Québec demeure une terre d’accueil
La rigueur en immigration est essentielle
Par Collectif
2025/09/15
Anne Michèle Meggs, autrice et experte dans les politiques d’immigration québécoise et canadienne
Louise Harel, ancienne ministre des Communautés culturelles et de l’Immigration
Pierre Céré, travailleur communautaire et auteur
Robert Comeau, historien
Yves Vaillancourt, professeur émérite, UQAM
Il est raisonnable d’espérer que les politiques publiques soient toujours basées sur des analyses rigoureuses. Cette attente est d’autant plus légitime dans le cas d’un dossier comme l’immigration, qui touche directement les vies humaines et la cohésion sociale.
Il est donc particulièrement regrettable de voir paraître une publicité du Parti Québécois dans un journal, le 30 août dernier, qui contient des chiffres qui peuvent être mal interprétés, ainsi que des affirmations inexactes.
Sous le titre « Demandeurs d’asile par province », on peut lire en gros caractères : « Québec : 306 810 », « Ontario : 296 290 », suivis d’une liste de chiffres moins impressionnants associés aux autres provinces.
La présentation de ces chiffres laisse croire qu’il s’agit du nombre de demandeurs d’asile par province en 2025 et qu’il y a beaucoup plus de demandeurs d’asile au Québec qu’en Ontario, proportionnellement à leurs populations respectives.
En fait, dans les petits caractères au bas de la liste, on apprend que ces données représentent l’ensemble des demandes d’asile soumises dans chaque province entre le début 2017 et la fin juin 2025. Cela inclut donc les années du chemin Roxham. Ces données ne précisent pas combien de ces demandes ont fait l’objet d’une décision, combien de personnes ont été reconnues comme réfugiées avec le droit de rester au Canada, combien sont même encore au Québec.
En réalité, selon Statistique Canada, au 1er avril 2025, il y avait 185 742 demandeurs d’asile au Québec et 223 345 en Ontario. Ces chiffres incluent les personnes en attente d’une décision dans leur dossier, ainsi que celles dont le dossier a été accepté. Ces dernières ont donc déjà été reconnues comme réfugiées et sont en attente du statut de résidence permanente.
Les seuils d’immigration
Ensuite, la publicité insiste en lettres majuscules : « Le Canada impose au Québec des seuils d’immigration auxquels il n’a jamais consenti. » Cette affirmation peut porter à confusion et est inexacte. La confusion découle du fait qu’on change de sujet en faisant référence aux seuils d’immigration permanente. Ce n’est pas la même chose que le nombre de demandeurs d’asile, qui, pour les fins des données démographiques, sont comptabilisés comme résidents non permanents.
Elle est inexacte parce que le Québec fixe ses propres seuils d’immigration permanente et le fédéral les respecte, depuis 1991. Selon l’Accord Canada-Québec sur l’immigration, le Canada est tenu de prendre en considération les seuils établis par le Québec; le Québec n’a pas à consentir aux seuils que le fédéral fixe pour le reste du pays.
Répartition équitable entre provinces
Enfin, la publicité affirme que « les autres provinces ont refusé une répartition équitable ». Cette phrase ne décrit qu’en partie la situation. Si, l’automne dernier, certaines provinces avaient mal réagi à des suggestions du fédéral de relocaliser des demandeurs d’asile arrivés au Québec et en Ontario, ce n’était pas le cas de toutes les provinces. Le Manitoba a exprimé son ouverture pour accueillir des demandeurs d’asile qui parlent français.
L’enjeu a toujours été de s’assurer qu’un financement adéquat suivrait pour permettre de bien accueillir ces personnes, avec dignité, en attendant une décision dans leur dossier. Un projet d’accueil au Nouveau-Brunswick de centaines de demandeurs d'asile de l'Ontario a même vu le jour cet été.
Par ailleurs, il semble bien que le gouvernement du Québec n’ait pas perdu espoir, puisqu’il réitère sa demande d’une meilleure répartition des demandeurs d’asile dans son document de consultation sur la planification de l’immigration au Québec 2026-2029. On peut se demander si la relocalisation au Canada des demandeurs d’asile arrivant au Québec sera toujours une option dans un Québec indépendant.
C’est l’ensemble de notre société qui bénéficierait d’une plus grande rigueur et transparence de la part de nos leaders politiques et du gouvernement. C’est de cette façon que nous saurons établir des politiques donnant confiance aux Québécoises et Québécois et permettant d’accueillir avec dignité les personnes qui choisissent le Québec comme terre d’adoption.
Nous sommes en deuil d’un de nos plus grands intellectuels, le sociologue Guy Rocher, qui, loin d’être alarmiste ou passéiste, n’a jamais cessé de regarder en avant. Lors d’une activité organisée l’année dernière par les Intellectuels pour la souveraineté en reconnaissance de son 100e anniversaire, il nous a laissé ce message : il est essentiel que le Québec demeure un pays d’accueil.
