439 - Carney s'enrichit, le peuple s'appauvrit
Un échéancier crucial pour l'avenir du pays
Les élections présidentielles de 2025 au Chili
Par Luc Allaire
2025/09/03
Le 16 novembre 2025 auront lieu les élections présidentielles au Chili. Tous les Chiliens enregistrés vivant au Canada pourront alors voter pour la personne qui succédera au président Gabriel Boric du Frente Amplio (Front Large), composé de partis et de mouvements politiques de gauche, d’extrême gauche et de social-libéraux. Selon la Constitution chilienne, Gabriel Boric ne peut pas solliciter un deuxième mandat continu.
La Fondation Salvador Allende de Montréal ainsi que plusieurs organisations représentant les Chiliens vivant au Canada se mobilisent pour favoriser la meilleure participation possible aux élections. Le principal défi consiste à organiser les déplacements vers les lieux de vote dans les consulats chiliens à Montréal, Toronto et Vancouver, ainsi qu’à l’ambassade à Ottawa.
Révolte sociale au Chili
Les prochaines élections présidentielles représentent un moment crucial dans l’histoire politique du pays. En effet, le pays a traversé une période tumultueuse depuis les révoltes sociales de 2019, qui ont mis en lumière des inégalités profondes et des aspirations à une meilleure gouvernance.
En janvier 2020, j’ai fait partie d’une mission québécoise et canadienne d’observation des droits de la personne au Chili composée de syndicalistes, de députés fédéral et québécois et d’universitaires, qui a conclu à de très graves violations des droits de la personne. Cette mission s’est déroulée trois mois après l'éclatement social qui a débuté à Santiago en octobre 2019. Cette mission Québec-Canada a produit un rapport, qui a clairement établi qu'au Chili, il y a eu de très graves violations des droits de la personne, de manière systématique et généralisée, perpétrées par les forces de l’ordre, qui avaient pourtant la mission d'assurer la sécurité dans le pays, selon des modèles communs et récurrents dans toutes les régions visitées.
L’échec d’une nouvelle constitution pour le Chili
L’élection de Gabriel Boric à l’automne 2021 a soulevé de nombreux espoirs. Toutefois, plusieurs des réformes, souhaitées par le gouvernement dirigé par Gabriel Boric, n’ont pas pu être réalisées, compte tenu de la constitution néolibérale adoptée sous la dictature d’Augusto Pinochet par les partis de droite et d'extrême droite, majoritaires au Parlement.
En septembre 2022, un référendum a été organisé pour modifier la constitution. Le projet de nouvelle constitution avait été élaboré par une assemblée constituante qui avait mené des consultations dans tout le pays pendant un an.
Cependant, ce projet de nouvelle constitution a été rejeté par la population, car jugé trop révolutionnaire. J’étais présent au Chili lors de ce référendum et j’ai pu constater le travail de désinformation mené par les médias de droite chiliens.
Lors d’un trajet en taxi, par exemple, le chauffeur m’explique qu’il votera contre le projet de constitution, car il ne voulait pas perdre sa maison. Comme le projet de la nouvelle constitution prévoyait la possibilité de financer le logement social, les médias de droite se sont servis de cet élément pour dire que les Chiliens n’auraient plus le droit de posséder leur maison. Ce qui était archifaux.
La plus grande concentration des médias en Amérique latine
Cette anecdote n’a pas surpris Osvaldo Nuñez, un citoyen québécois d’origine chilienne et ex-député du Bloc Québécois. « De tous les pays d’Amérique latine, c’est au Chili qu’il y a la plus grande concentration des médias. Les journaux, la radio et la télévision sont tous contrôlés par des médias de droite », a-t-il affirmé.
Il en veut pour preuve la campagne de peur qu’ont lancée ces médias contre la candidate de la Coalition Unité pour le Chili (Unidad por Chile) aux élections de novembre prochain, Jeannette Jara. Ce « Front large » réunit, comme en 2021, une coalition de centre gauche allant des Démocrates chrétiens au Parti communiste.
Cette coalition formée de cinq partis s’est dotée d’un programme commun et a désigné, après des élections primaires, Jeannette Jara, qui est membre du Parti communiste, comme candidate de la Coalition Unité pour le Chili. Elle a signé un pacte selon lequel elle défendra le programme de la coalition. Mais cela n’empêche pas les médias de droite de toujours présenter Mme Jara comme une communiste et non comme la représentante d’une vaste coalition.
Jeannette Jara, candidate de la coalition de centre gauche
Jeannette Jara a 51 ans. Elle a été sous-secrétaire à la Prévoyance sociale entre 2016 et 2018, sous la présidence de Michelle Bachelet. Entre mars 2022 et avril 2025, elle a été ministre du Travail et de la Protection sociale au sein du gouvernement Boric. C’est la première ministre du Travail membre du Parti communiste depuis la transition chilienne vers la démocratie.
Elle a piloté à ce titre plusieurs réformes majeures du gouvernement, notamment la réduction du temps de travail hebdomadaire à 40 heures, l’augmentation substantielle du salaire minimum et une réforme des retraites mettant fin au système de capitalisation individuelle hérité de la dictature de Pinochet en introduisant une contribution partagée des entreprises.
Zaida Macias Nuñez, vice-présidente de la Fondation Salvador Allende de Montréal, décrit Jeannette Jara comme une femme proche des gens, à l’image de l’ex-présidente Michelle Bachelet. « Elle a démontré qu’elle comprenait les problèmes concrets de la population. »
Division de la droite
Pour faire face à Jeannette Jara, la droite est divisée entre trois candidatures : une candidate et deux candidats d’extrême droite, tous les trois d’origine allemande.
Evelyne Matthei est la fille du général Fernando Matthei, membre de la junte militaire, dirigée par Augusto Pinochet. Elle justifie le coup d’État de Pinochet, non seulement en disant qu’il était nécessaire, mais aussi en excusant les persécutions sous sa dictature. Pendant cette période, près de 38 000 personnes ont été torturées et plus de 3 200 ont été tuées ou portées disparues.
Sera aussi candidat Johannes Kaiser, qui est, selon Osvaldo Nuñez, « le candidat le plus féroce ». Kaiser se compare à Jair Bolsonaro au Brésil et à Nayib Bukele, le président du Salvador, qui se présente comme un dictateur cool. À l’instar de Javier Milei, qui dirige l’Argentine voisine depuis plus d’un an, Johannes Kaiser dit être libertarien. Il se présente comme le défenseur du peuple face à une élite prétendument déconnectée et promet d’opérer un virage radical à droite s’il accède au pouvoir.
José Antonio Kast a fondé en 2019 le Parti républicain, classé à l'extrême droite. Il est un populiste de droite, très conservateur. Son programme politique vise à diminuer les impôts des riches et des entreprises et à restreindre le rôle de l’État. Il a aussi l’intention de fermer les frontières aux immigrants, en provenance surtout du Venezuela et de la Colombie. Avec Donald Trump comme modèle, Kast souhaite que l’armée contrôle la frontière longue de 5150 kilomètres.
À l'approche des élections, le rôle des jeunes électeurs, qui représentent une tranche croissante de l'électorat, sera particulièrement déterminant. Ils se montrent exigeants et ne tolèrent guère le statu quo. « Si nous ne voyons pas de changement maintenant, nous continuerons à descendre dans la rue, » a déclaré un leader étudiant, illustrant la détermination de cette génération à influencer l’avenir politique du pays.
Avec la montée de l’extrême droite dans de nombreux pays, les Chiliens vivant au Canada comptent se mobiliser pour bloquer l’élection d’un candidat d’extrême droite d’origine allemande, rappelant que de nombreux nazis se sont réfugiés au Chili au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
