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L'aut'journal

439 - Carney s'enrichit, le peuple s'appauvrit

Prix Gilles-Carles au Rendez-vous Québec Cinéma

«Le Phénix», de Jonathan Beaulieu-Cyr

Par Pierre Jasmin

2025/09/03

L’auteur est membre des Artistes pour la paix et il s’excuse auprès de Richard Desjardins pour cet emprunt.

Amour apocalypse d’Anne Émond présente 99 minutes de préliminaires avant sa dernière scène de baise furieuse de quelques secondes, filmée d’un drone lointain. Mais Patrick Hivon nous a habitués à des rôles de mâles discrets, dans sa relation avec Évelyne Brochu éclipsée par son envahissante sœur jouée par Anne-Élisabeth Bossé (de Monia Chokri en 2019, la femme de mon frère), dans l’ombre de Christine Beaulieu dans la série comique l’œil du cyclone et plus surprenant dans La Nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé, de Xavier Dolan.

Ici, il montre le côté vulnérable et anxieux « d’un quadragénaire neuro-atypique » (ainsi apostrophé par sa jeune employée) pris dans la tourmente d’une crise climatique, dont l’acteur ne craint pas le diagnostic suivant : « La politique est devenue un concours de popularité plus qu’une manière d’aider la société et de nous permettre de mieux vivre ensemble. Si l’être humain est capable de détruire, il va le faire. »

C’est dans une entrevue d’Olivier Du Ruisseau, jeune critique du Devoir en voie de bien chausser les souliers d’Odile Tremblay à la retraite.

Son personnage, Adam, directeur d’un chenil, tente en vain de guérir son écoanxiété dépressive par la course à pied, des séances chez la psy et avec une lampe de luminothérapie dont la dysfonction l’amène à appeler le service à la clientèle en Ontario : il tombe amoureux de sa commis Tina, jouée par l’actrice texane Piper Perabo, qui raconte à Patrick Delisle-Crevier (7 jours) son amour du Québec :

« J’ai tourné dans un film de Léa Pool, qui avait pour titre Rebelles il y a 25 ans, tout de suite après le succès de Coyote Ugly. J’ai adoré Montréal, les gens qui travaillent sur les plateaux ici sont de véritables passionnés et de grands artistes. Ce que j’aime de mon personnage Tina, c’est qu’au début du film, elle apparait comme un rêve : elle n’est qu’une voix dans le service client d’une compagnie et elle représente un rêve, une illusion. Dans le milieu du film, on se rend compte que sa vie est un peu celle de Cendrillon après les 12 coups de minuit : la vaisselle traîne dans le lavabo, son mari est alcoolique, ses enfants sont dysfonctionnels et la réclament constamment, et les plantes chez elle meurent parce que personne ne les arrose. Sa vie est misérable.

« Comment ce fut de tourner avec Patrick Hivon? J’adore cet homme! Il a un talent énorme, il est tellement beau, et ce fut un plaisir de travailler avec lui. C’est un vrai gentil, ce mec! Il angoissait au début parce qu’il ne parlait pas bien anglais et je lui ai répondu que ce n’était pas très grave, que je ne parlais pas du tout français. Mais ç'a vraiment cliqué entre nous et nous sommes devenus complices et amis. On a tourné en plein cœur de l’été. Les paysages sont magnifiques chez vous, c’était parfait comme toile de fond pour une histoire d’amour. Finalement, je suis revenue en hiver pour tourner certaines scènes et ce fut totalement différent. Ici, les saisons changent vraiment le décor. C’est vraiment beau. J’ai adoré voir toute cette neige et les paysages tout blancs.

Le film bifurque constamment, sans qu’on s’y attende, de la comédie hilarante en passant par une scène de suicide interrompue par le père du héros joué par Gilles Renaud qui l’engueule plutôt que l’aider à exprimer ses émotions. Hivon remercie la réalisatrice « qui lui a permis de participer à la création » avec un parfum de liberté dégageant la forte sensibilité attachante de ce grand acteur dans ce grand film.

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Phénix de Jonathan Beaulieu-Cyr est d’autant plus authentique qu’il est autobiographique : le cinéaste avait treize ans, comme l’émouvant jeune acteur Aksel LeBlanc, quand son père est parti en Afghanistan au cours des premières années du 3e millénaire.

Beaulieu-Cyr a la sensibilité de refuser de filmer la guerre, mais plutôt les semaines qui précèdent le départ du simple soldat joué avec sobriété par Maxime Genois. Il filme aussi la nervosité des femmes de soldats que rend la remarquable Évelyne Brochu, et l’anxiété du fils, que le père attentif, malgré les appréhensions de sa femme, tente de guérir par l’esprit d’équipe sachant ressusciter une équipe minable de soccer, les Phénix; ce sera grâce à son rôle assumé d’entraîneur et grâce aussi au fils, marqueur naturel qui apprendra à la dure l’exigeante couverture défensive.

On ne peut exiger sur un tel sujet meilleur film, récompensé du prix Gilles-Carle au Rendez-vous Québec Cinéma et de ceux des meilleure réalisation et meilleure direction-photo (Ariane Falardeau St-Amour) au Festival de films de Whistler de décembre 2024.

L’aut’journal me permettra, avec mes gros sabots de secrétaire général des Artistes pour la Paix, d’appuyer la morale défensive d’équipe en rappelant notre opposition à Harper qui a dégommé le général-en-chef De Chastelain, choisi par Jean Chrétien, pour le remplacer par Hillier, dont les premiers mots furent : « Enfin, l’armée retrouve sa vraie mission qui est de tuer. »

On sympathise avec les souffrances de dizaines de milliers de soldats atteints comme le héros du film du syndrome de stress post-traumatique, qui ont en outre abandonné le rôle défensif des Casques Bleus canadiens (absents en Haïti) pour contribuer inévitablement à replonger les femmes de l’Agonisthan (Richard D.) à l’âge de pierre, en bombardant les Talibans à Kandahar.