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L'aut'journal

440 - Rocky à l'assaut des syndicats

Immigration : Planifier avec un objectif linguistique

Par Anne Michèle Meggs

2025/10/09

Quelles sont les attentes du gouvernement relatives au système d’immigration?

Voilà, à notre avis, la question la plus importante et la plus complexe à résoudre lors de la planification pluriannuelle de l'immigration. Les objectifs du Québec à cet égard lui sont très spécifiques, compte tenu de sa situation géopolitique, linguistique et culturelle.

Quels sont les objectifs démographiques?

La démographie comprend plusieurs volets : la taille de la population, la structure des âges, les taux de fécondité et de décès, ainsi que les déplacements internes et externes. Dans l’avis (Les défis d’une politique d‘immigration pour le Québec) que le démographe Marc Termote a préparé à la demande du ministère, il est définitif : « Il faut accepter que désormais l’immigration internationale sera quasiment le seul “moteur” de l’évolution démographique du Québec » et « il nous faut également accepter que l’immigration internationale est aussi le seul facteur démographique sur lequel on puisse agir de façon significative. » (Termote, p. 4)

Quels sont nos objectifs sur le plan de la démographie? Voulons-nous augmenter la taille de la population du Québec, la maintenir à peu près telle quelle, ou sommes-nous à l’aise avec une baisse de la population? La taille de la population influence l’économie. Sommes-nous prêts à adopter la décroissance?

Pierre Fortin accepte une baisse temporaire de la population pour mettre de l’ordre dans le système d’immigration, mais quels sont les objectifs du gouvernement à moyen et à long terme?

Quelle priorité faut-il donner à l’enjeu du poids démographique du Québec au sein du Canada?

Termote propose deux objectifs possibles pour la taille de la population du Québec dans son ensemble. « Si l’on entend assurer une (très faible) croissance du nombre d’habitants », il faudrait « une immigration internationale s’élevant à 76 000 » et « si l’objectif est plutôt d’assurer un effectif stable de la population, ce dernier montant se trouve réduit à environ 65 000 ». (Termote, p. 6)

Voulons-nous favoriser une immigration jeune? Le cahier de consultation n’examine pas l’effet de la proportion de jeunes enfants dans l’immigration permanente sur les résultats de la planification. Il y a pourtant plusieurs raisons pour favoriser la sélection des personnes immigrantes avec enfants d’âge scolaire (en se servant des points dans les critères d’invitation ou en facilitant le regroupement familial) :

  • Termote signale que l’âge moyen de l’immigration permanente est de 30 ans, ce qui veut dire que l’intégration à la population active est assez tardive. Les enfants immigrants du primaire au secondaire passent autant d’années sur le marché du travail que les enfants nés au Québec;
  • Ces enfants sont francisés par l’école française. « Après 5 ans de résidence au Québec, 60 % des enfants immigrants arrivés au pays avant l’âge de 15 ans ont appris le français, un pourcentage qui passe à 78 % après 10 ans de résidence, puis à 90 % après 18 ans.

Pour les personnes immigrantes arrivées au pays à l’âge de 15 ans ou plus, l’apprentissage du français est nettement plus lent : après 10 ans de résidence au Québec, le tiers a appris le français.

On voit donc que, tant chez les personnes non immigrantes que chez les personnes immigrantes, la fréquentation de l’école joue un rôle majeur dans l’apprentissage du français au Québec, sans compter le fait que l’apprentissage des langues à l’âge adulte est plus difficile. »[1] ;

  • Les familles ont tendance à s’installer (taux de rétention), ce qui veut dire que les ressources dédiées à leurs recrutement, francisation et intégration ne sont pas perdues;
  • Sur le plan administratif, il est bien plus simple, plus vite et moins cher pour tout le monde, si tous les membres de la famille arrivent en même temps, l’alternative étant de passer par le processus cher, interminable et déchirant du regroupement familial.

Mais, dans les cas de regroupement familial, il serait pertinent de recueillir de l’information sur la langue du garant et des personnes parrainées et d’inclure une obligation de favoriser la francisation de ces dernières dans l’entente de parrainage.

Mais, dans les cas du regroupement familial, il serait pertinent de recueillir de l’information sur la langue du garant et des personnes parrainées et d’inclure une obligation de favoriser la francisation de ces dernières dans l’entente de parrainage.

Un enjeu d’intégration et de cohésion sociale

Il a été démontré par des experts que les décisions en matière d’immigration ont très peu d’influence sur la courbe du déclin, ou la pérennité du français au Québec. « Agir sur le profil démolinguistique des immigrants n’exerce qu’un effet marginal, parce que la part des immigrants dans l’ensemble de la population est faible. » (Termote, p. 13)

Les objectifs d’immigration en matière de langue répondent plus à des enjeux d’intégration et de cohésion sociale que de pérennité. En ce sens, ce sont les critères de sélection et des efforts en francisation qui sont déterminants et non les volumes.

L’utilisation de la langue française par des personnes venues d’ailleurs permet la pleine participation à la vie quotidienne au Québec et tout effort manifesté de parler la langue de la majorité est hautement apprécié par celle-ci.

L’orientation 3, proposée par le gouvernement dans son document de consultation, aborde l’enjeu linguistique. En ce qui concerne l’immigration permanente, cette orientation fixe une cible de 76 % des admissions permanentes qui déclarent connaître le français chaque année pour la période de planification.

Cet objectif sera sûrement atteint puisque le gouvernement ajoute des exigences de connaissance du français à presque tous les volets de la catégorie économique et le pourcentage pour l’ensemble des admissions permanentes était déjà à 72,5 % en 2024.

Termote nous rappelle, cependant, que « la connaissance d’une langue ne signifie pas nécessairement son utilisation, que ce soit dans l’espace public ou dans l’espace privé. » (Termote, p. 12) Les efforts pour renforcer l’utilisation du français comme langue commune au Québec demeurent importants.

L’immigration temporaire

Là où le bât blesse (encore) c'est avec l’immigration temporaire. Cette population est beaucoup plus importante que celle de l’immigration permanente et pourtant moins de deux tiers déclare connaître le français. Il n’y a pas de condition linguistique mesurée ou mesurable liée à des permis d’étude ou de travail, ni évidemment à la définition de réfugié. La réponse à cet enjeu présentée dans l’orientation 3 est très faible. On s’engage à « favoriser l’apprentissage du français parmi les personnes résidentes non permanentes ».

Mettons la situation en perspective. Selon Statistiques Canada, il y avait 565 000 résidents non permanents au Québec, le 1er janvier 2025. En 2024, il y a eu 58 000 personnes qui ont obtenu leur résidence permanente au Québec. De ce nombre, à peu près 26 000 étaient résidents non permanents au moment de l’admission.

Les études du Commissaire à la langue française ont fait la démonstration qu’il est irréaliste de croire que la francisation suffira pour assurer l’apprentissage de la langue par l’ensemble des résidents non permanents.

Professeur Pierre-Carl Michaud nous rappelle que l’enjeu « se trouve principalement au niveau de la francisation des résidents non permanents qui passeront vers la résidence permanente. Le défi est de maintenir et accentuer la francisation sur ce groupe. Seule une francisation, à terme, de ceux qui resteront au Québec permet d’entrevoir un avenir positif pour le français au Québec. » (Michaud, p. 47) Comme les chiffres le démontrent, ce groupe représente une minorité des résidents non permanents.

Si un de nos objectifs en matière d’immigration est de favoriser la pleine participation des personnes immigrantes en français au Québec, la solution est de revenir à un système d’immigration à une étape bien contrôlé, notamment selon l’âge, avec des conditions linguistiques appliquées en amont et des services de francisation disponibles en aval, au besoin.

[1] https://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/sociolinguistique/2021/scenarios-projection-linguistique-quebec-2011-2036.pdf, p. 33.