440 - Rocky à l'assaut des syndicats
Pénurie d’enseignants : un consensus mondial face à la crise
Par Luc Allaire
2025/09/17
En cette rentrée scolaire, il est beaucoup question de la pénurie d’enseignantes et d’enseignants qui frappe le Québec. Or, cette pénurie se fait sentir partout sur la planète.
Selon l’UNESCO, il faudra recruter 50 millions d’enseignantes et d’enseignants d’ici 2030 pour assurer une éducation de qualité en petite enfance, au primaire et au secondaire. Aucun continent n’est épargné : en Afrique subsaharienne, le déficit est estimé à 15 millions, tandis qu’en Amérique du Nord et en Europe, il atteint 5 millions.
C’est dans ce contexte qu’a eu lieu, les 28 et 29 août derniers à Santiago du Chili, le Sommet mondial des enseignants de l’UNESCO. Ministres de l’Éducation, syndicats, organisations internationales et experts y ont adopté le Consensus de Santiago, un cadre inédit pour transformer la profession et répondre à la pénurie.
Le Québec n’était représenté que par une seule personne : Marjolaine Perreault, qui est directrice générale de la CSQ et membre du Bureau exécutif de l’Internationale de l’éducation (IE). Le ministre de l’Éducation du Québec, de même que tous les ministres de l’Éducation des provinces canadiennes étaient absents à cet événement majeur.
Une vision commune
Le Consensus élaboré lors du Sommet de Santiago repose sur six priorités :
- Recrutement et carrière encadrés par des politiques nationales solides.
- Développement professionnel continu et mentorat.
- Dialogue social reconnu avec les syndicats.
- Financement durable des systèmes éducatifs publics.
- Préparation au numérique et à l’intelligence artificielle.
- Inclusion et équité, pour que la profession reflète la diversité des sociétés.
Pour David Edwards, secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation, représentant 33 millions de travailleuses et travailleurs : « Sans les enseignants, il n’y a aucun avenir. Ce Consensus est une avancée historique, mais le vrai défi sera de forcer les gouvernements à tenir parole. »
« Devant un tel état de situation, il devient urgent de réinvestir en éducation, et non de procéder à des coupes, comme l’a fait l’ex-ministre Bernard Drainville, dénonce Marjolaine Perreault. Les coupures de 570 millions $ annoncées en juin dernier ont porté un dur coup à tout le réseau québécois de l’éducation. Son annonce de réinvestir 540 millions $ en réponse aux pressions syndicales et de l’ensemble de la population n’a pas réparé tous les torts causés. De nombreux professionnels de l’éducation et employés de soutien qui ont perdu leur emploi en juin n’étaient plus disponibles pour reprendre leur poste en août. De plus, ces compressions budgétaires ont grandement dévalorisé les travailleuses et travailleurs de l’éducation. »
Valoriser une profession fragilisée
Partout dans le monde, le métier d’enseignant souffre : salaires insuffisants, surcharge de travail, manque de reconnaissance, violence croissante dans les établissements. Beaucoup quittent la profession dès les premières années, aggravant la pénurie.
À Santiago, les syndicats ont exigé des mesures concrètes : revalorisation des salaires, meilleure rémunération des stages, soutien psychologique, et mentorat pour les jeunes enseignants. Comme l’a résumé Marjolaine Perreault, membre du Bureau exécutif de l’IE : « La relation enseignant-élève doit demeurer le cœur du métier. Encore faut-il que les conditions permettent de la cultiver. »
Technologie et inclusion : défis du futur
Le Consensus insiste sur la nécessité de préparer les enseignants aux bouleversements technologiques. Mais il rappelle aussi une vérité essentielle : aucune machine ne peut remplacer la relation humaine entre enseignant et élève.
L’inclusion est également au centre du texte. Les obstacles à l’entrée dans la profession doivent être levés afin que la diversité des sociétés se reflète dans le corps enseignant. L’avenir dépend aussi de la jeunesse : encourager les étudiantes et étudiants d’aujourd’hui à choisir la carrière est une priorité.
À ce sujet, Marjolaine Perreault rappelle que les dernières négociations ont permis d’augmenter les salaires des enseignantes et enseignants québécois en début de carrière, mais il y a beaucoup d’autres choses à faire pour attirer les jeunes dans la profession enseignante.
Des engagements à concrétiser
Adopter un consensus est une chose, l’appliquer en est une autre. Les pays signataires devront rendre compte de leurs progrès via un mécanisme de suivi international concernant l’Objectif de développement durable numéro 4. Cet objectif adopté en 2015 vise à assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie, d’ici 2030.
Mais les ressources manquent, surtout dans les pays à revenu faible ou intermédiaire frappés par la crise de la dette. Le Sommet a donc appelé à renforcer la coopération internationale et à reconstituer les grands fonds éducatifs.
Comme l’a affirmé Mugwena Maluleke, président de l’Internationale de l’éducation : « Ce que nous avons choisi à Santiago, c’est le courage plutôt que la facilité, la justice plutôt que le silence, et l’éducation plutôt que les excuses. »
L’heure de vérité
Le Sommet de Santiago restera sans doute comme un moment charnière : pour la première fois, gouvernements et syndicats s’entendent sur une vision commune pour sauver la profession. Mais il ne s’agit que d’un point de départ.
Les enseignantes et enseignants du monde attendent maintenant des gestes concrets : des salaires justes, des conditions de travail viables et la reconnaissance d’un métier qui demeure au cœur de toute société.
Le Consensus de Santiago trace la voie. Aux gouvernements, désormais, de passer de la parole aux actes.
En conclusion, Marjolaine Perreault souligne que le Consensus de Santiago appelle les États membres à préserver la centralité de la relation enseignant-apprenant, en tant que processus relevant du patrimoine commun de l’humanité, dans un contexte de transformation numérique croissante qui se doit d’être au service de l’humanité et qui ne saurait compromettre le rôle essentiel de socialisation et d’interaction humaine dans l’éducation.
