pub_Livre_Meggs_01042025_haut_site_v1
L'aut'journal

440 - Rocky à l'assaut des syndicats

ROCKY

Par Michel Rioux

2025/10/02

Ainsi donc, il n’y a pas que Trump, qui a changé le ministère de la Défense en ministère de la Guerre, à avoir la guerre en tête et en paroles. François Legault n’était pas en reste récemment à l’occasion du caucus caquiste suivi du congrès de son parti. L’humeur était belliqueuse. Les mots batailles et guerres ont fait trembler les murs à Gatineau.

« J’ai le goût de me battre pour un troisième… », a-t-il lancé alors que le spectre de ce troisième lien me frappait l’esprit. Mais non ! Il a dit avoir le goût de se battre pour un troisième… mandat… C’est à cet instant que le fantôme de Rocky Balboa est apparu.

À bien y penser, ces deux « troisièmes » sont aussi effrayants l’un que l’autre.

Il y avait quelque chose de surréaliste à voir députés et ministres rivaliser d’une affection débridée à l’endroit de leur chef, rivalisant devant les caméras d’embrassades, de poignées de mains et d’accolades bien senties. Un spectacle plutôt gênant que cette euphorie commandée et plutôt déplacée, alors que l’heure aurait dû être au recueillement qui sied d’ordinaire aux salons funéraires. Mais Legault leur a dit que ça lui avait fait du bien.

Le monde ordinaire appelle ça un show de boucane.

Il y a aussi du Rambo chez Legault, qui annonce tirer à vue sur la bureaucratie, l’insécurité et les syndicats. Vaste programme, avait dit De Gaulle après qu’un manifestant eut crié « Mort aux cons »!

La CAQ appuie sa guerre aux syndicats sur les révélations publiées dans le Journal de Montréal où on apprenait que des délégués de la FTQ-Construction se livraient à des dépenses somptuaires. Le ministre Boulet s’en prend aussi au million de dollars et plus engagé par la Fédération autonome de l’enseignement pour contester en Cour suprême la loi 21. Disons qu’une organisation syndicale qui n’a même pas de fond de grève pour soutenir ses membres en conflit ouvre le flanc à la critique en agissant de la sorte. Pour ce qui est des dépenses faites par les organisations syndicales, je ne sais pas pour les autres, mais je sais qu’à la CSN, le rapport du trésorier déposé aux congrès a quasiment un pouce d’épaisseur. On y retrouve dans le détail les grandes comme les petites dépenses.

La CAQ s’appuie aussi sur une légende urbaine voulant que des votes de grève soient pris à main levée à 2 heures du matin quand il ne reste quasiment plus de membres dans la salle. Cette fois, la présidente de la FAE a donné la réplique au ministre en rappelant que des lois spéciales sont votées à quatre heures du matin à l’Assemblée nationale…

Mais là où il nous fait vraiment peur, c’est quand M. Legault nous dit qu’il « a quelque chose à apporter en économie et qu’il sait sur quel bouton pousser ». Voilà un gouvernement décoté, qui a engagé des milliards dans des projets qui se sont révélés des canards boiteux, dont on ne cite plus les noms tellement ils sont présents dans nos mémoires.

Un dernier vient de s’ajouter à une liste déjà trop longue : Recyclage Carbone Varennes. Voilà un projet dans lequel 568 millions $ d’argent public ont été gaspillés et qui vient d’être racheté par une entreprise de Toronto et Houston pour la somme de… 17 millions $.

Et qui a payé les frais d’avocats de 159 000 $ de Pierre Fitzgibbon, accusé d’avoir atteint à la réputation de la PDG de Québecor ? Vous et moi. L’ex-ministre conserve son argent de poche pour aller à la chasse aux faisans, faut croire.

Prémonitoire ?

Quand la CAQ, avec l’appui du Parti libéral, a fait voter une hausse de 30 % du salaire des députés, avec un ajout de 10 000 $ en août dernier, peut-être ces derniers pressentaient-ils qu’en 2026, ils se retrouveraient sans emploi, comme l’indique l’agrégateur de sondages Philippe B. Fournier selon qui aucun des députés de la CAQ ne serait réélu.

Mais il ne faut pas leur prêter de telles intentions. C’est à reculons qu’ils ont voté ces hausses. De force, n’écoutant que leur sens profond de la justice. Ça se voyait dans leur visage qu’ils étaient contrariés de se voter une augmentation de « rattrapage ». Leur abnégation devient palpable quand vient le temps de trancher dans les grandes questions. Aucun sacrifice ne saurait les faire reculer quand vient le temps d’affirmer une conviction, unanimement partagée dans leur cénacle, qu’elles et ils sont les meilleurs et qu’ils le méritent.

Certains chagrins sont, bien sûr, venus susurrer que le geste manquait d’élégance. Leur vertu n’étant plus à démontrer, on doit constater qu’elle est de celle qui se perd dans l’intérêt, comme les fleuves dans la mer, estimait dans son temps La Rochefoucauld.

Heureusement, les députés du PQ ont sauvé l’honneur de l’institution en se contentant des hausses consenties aux travailleuses et travailleurs des secteurs public et parapublic. Ce qui leur a permis de verser quelque 80 000 $ à plusieurs dizaines d’organismes communautaires.