Les femmes indépendantistes persistent et signent
D'une génération à l'autre
Par Pierre Dubuc
2025/11/06
Sur la photo, de gauche à droite: Marguerite Landry, Louise Paquet, Nicole Boudreau, Marie-Anne Alepin, Claudette Carbonneau et Lorraine Pagé.
Au début de la campagne référendaire de 1995, les sondages révélaient que les femmes étaient moins favorables à la souveraineté que les hommes. Des militantes indépendantistes prirent alors les choses en main. Elles parcoururent le Québec dans le cadre de L’Opération porte-voix, qui fut l’une des pièces maîtresses du plan d’action de la coalition Partenaires pour la souveraineté, cette coalition d’une quinzaine d’organismes nationaux de la société civile.
Ces 60 femmes parcoururent quelque 3 000 km pour rencontrer des centaines de femmes dans plus de 40 municipalités du Québec. Leur contribution à la campagne référendaire fut probante. Le 30 octobre 1995, les femmes francophones ont appuyé le Oui dans la même proportion que les hommes.
Aujourd’hui, alors que la flamme indépendantiste se réactive, pas question d’attendre le début d’une campagne référendaire pour se mettre à l’œuvre. Aussi, le 26 octobre, une trentaine d’entre elles, membres du Regroupement des citoyennes pour la souveraineté, prolongement de L’Opération porte-voix, se sont réunies à la Maison Ludger-Duvernay à Montréal pour passer le relais au collectif Les Allumettes, issu des OUI-Québec.
Un héritage à préserver
La présidente du Regroupement, Louise Paquet, a présenté un émouvant vidéodocumentaire relatant les activités de L’Opération porte-voix et invité les syndicalistes Claudette Carbonneau et Lorraine Pagé, premières femmes à la tête de leurs centrales syndicales respectives, à présenter des hommages à Hélène Pedneault, Hélène Pelletier-Baillargeon, Lorraine Guay, Monique Vézina, Andrée Ferretti, Pauline Julien, Claire Bonenfant, Louise Laurin, Denise Boucher, ces femmes d’exception qui ont participé à l’Opération porte-voix, et à toutes les anonymes militantes de l’ombre.
Que la transmission du message indépendantiste entre femmes ait eu lieu à la Maison Ludger-Duvernay, siège social de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, n’est pas le fruit du hasard. Marie-Anne Alepin, sa jeune présidente, a rappelé le rôle, trop souvent méconnu, des femmes de l’organisme et sa longue tradition de transmission des idéaux nationalistes et sociaux. Elle a cité l’exemple de l’action de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, premier regroupement féministe francophone, qui a, entre autres, favorisé l’émergence du mouvement des suffragettes en faveur du droit de vote des femmes.
Un plan de match
Nicole Boudreau, première femme présidente de la SSJB-Montréal et une des instigatrices de la rencontre, a proposé comme legs, pour la suite des choses, un plan de match, dont elle a identifié trois éléments essentiels.
Premièrement, une alliance sacrée entre femmes des Premières Nations, Québécoises de souche et immigrantes. Une alliance, construite sur le socle commun d’un engagement pour l’indépendance, à partir des ressemblances davantage que des différences, tout en spécifiant que ce qui les différencie vienne teinter et enrichir le discours.
Une alliance nécessaire, selon elle, pour que la voix des femmes soit entendue, que leurs priorités soient privilégiées et qu’elles puissent changer enfin l’ordre des choses.
Deuxièmement, une autre alliance sacrée : celle qui doit se faire entre la métropole et les régions du Québec, deux entités étroitement interreliées, mais qui n’ont cessé de s’éloigner l’une de l’autre depuis de trop nombreuses années. Selon elle, les femmes du Québec doivent être à l’origine de ce rapprochement.
Troisièmement, une foi inébranlable en l’action de la société civile. Un travail qui se situe bien souvent au ras des pâquerettes et ne bénéficie pas toujours de la reconnaissance qui lui est due. La naissance d’un pays est une chose trop importante pour être laissée aux seules mains des partis politiques, affirme Nicole.
Faites plus, faites mieux
Pour conclure la rencontre, Louise Paquet a remis, au nom du Regroupement des citoyennes pour la souveraineté, un chèque de 5 000 $ à Marguerite Landry, la porte-parole du collectif Les Allumettes.
À cette nouvelle génération d’indépendantistes représentée, ce jour-là, par Marie-Anne Alepin de la SSJB-Montréal, Camille Goyette-Gingras de OUI-Québec et Marguerite Landry du collectif Les Allumettes, le Regroupement passait le flambeau, tout en leur promettant de répondre « présentes » à leur demande.
Nicole Boudreau avait ce message aux femmes de cette nouvelle génération : « Faites plus, faites mieux, faites autrement, mais surtout, faites en sorte que votre génération ne connaisse jamais la douleur intolérable qui a été la nôtre le 30 octobre 1995. »
