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L'aut'journal

441 - La kakistocratie

Non merci, votre déshonneur!

Billet

Par Michel Rioux

2025/10/31

Les contradictions permanentes entre le politique et le judiciaire sont de plus en plus évidentes…

Combien de dossiers se rendent jusqu’à la Cour suprême.

The Montreal English School Board, le Parti libéral du Canada et le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) s’en prennent à une loi dûment votée par les représentants élus à l’Assemblée nationale, une loi qui avait par ailleurs reçu l’appui du Parti Québécois. (En passant, le CMNC préconise une laïcité ouverte, un concept mis en avant par le pape Benoît XVI.)

Si ces organisations se rendent jusqu’à cette Cour, c’est qu’ils savent qu’elle a tendance à trancher contre les intérêts supérieurs du peuple québécois, comme en fait foi le charcutage des dispositions originelles de la loi 101.

De son côté, le chroniqueur Christian Rioux, qu’on ne peut soupçonner de gauche, tombe à bras raccourcis sur le système judiciaire français qui a condamné l’ex-président Sarkozy à cinq ans de prison. Il s’en prend « à la justice qui, depuis de nombreuses années, s’est tranquillement approprié des prérogatives qui appartenaient autrefois à la politique ». Selon le chroniqueur, « non contente de faire et de défaire les lois votées par les élus du peuple, elle ne supporte même plus qu’on la critique, comme si elle était de droit divin ».

On représente la justice avec un bandeau devant les yeux. Ce bandeau qui recouvre les yeux de Thémis représente l'impartialité de la justice, qui, paraît-il, doit être rendue objectivement, sans faveurs ni parti pris. Mais si elle est aveugle, la justice n’est pas sourde. Elle sait, en effet, entendre la voix de ceux qui nomment les juges. Des juges qui, par une curieuse opération d’un quelconque Saint-Esprit, passeraient de militants politiques à arbitres neutres.

Les exemples sont nombreux.

En avril 1972, le juge Georges Pelletier reconnaissait coupables d’outrage au tribunal les présidents Pepin, Laberge et Charbonneau. Ce qui leur valut quelques semaines plus tard une condamnation à un an de prison imposée par le juge Pierre Côté. Or, dans une vie antérieure, le juge Pelletier avait été un militant actif au Parti libéral. La Cour suprême avait refusé de les entendre.

À Joliette, durant le conflit à la Canadian Plywood en 1974, le juge Montgomery avait émis une injonction interdisant le piquetage dans un périmètre d’un mille autour de l’usine. Plusieurs travailleurs demeuraient à l’intérieur de ce périmètre. Une injonction émise dans la seule langue anglaise, à des travailleurs dont la très grande majorité était unilingue. Ce manque total de respect avait provoqué une vague de solidarité dans la région. Dans une quarantaine d’entreprises et institutions, des arrêts de travail d’une heure à une journée avaient été tenus pour dénoncer ce manque flagrant de respect du système judiciaire.

En 2005, le juge-en-chef de la Cour d’appel du Québec, Me Michel Robert, déclarait : « Un souverainiste n’a pas sa place parmi les juges parce que la magistrature doit normalement adhérer au système fédéral canadien. » Dans sa jeunesse, le juge Robert avait été président des jeunes libéraux canadiens…

Plus près de nous, face au tollé soulevé au Québec, le juge Mahmud Jamal, de la Cour suprême, s’est récusé du dossier de la Loi 21 pour cause de conflit d’intérêts. Le juge Jamal était le président de l'Association canadienne des libertés civiles quand elle a déposé un recours devant la Cour supérieure pour contester la loi sur la laïcité de l'État, en juin 2019.

Donald Trump, lui, a réglé la question. À sa manière.

Dans un pays dont la Constitution prévoit un équilibre entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire, il a fait ce qu’il fallait pour avoir les coudées franches et agir sans contraintes.

Il a muselé le Sénat et la Chambre des Représentants. Rabelais avait trouvé la meilleure formule : « Amis, souvenez-vous qu’il y a de par le monde beaucoup plus de couillons que d’hommes », a-t-il écrit en pensant sans doute à ces sénateurs et représentants qui lui lèchent les bottes – quand ce n’est pas autre chose – comme l’a si élégamment dit le Donald.

Quant à la Cour suprême, il l’a paquetée de béni-oui-oui qui se prêtent à toutes les contorsions juridiques pour satisfaire les caprices du prince dont la vulgarité n’a d’égale que la suffisance, l’insolence, la fatuité, l’égotisme et l’infatuation.

Le système judiciaire n’a pas tout faux. Le système politique non plus. Mais l’un et l’autre doivent admettre, pour l’un, ne pas être le seul à savoir traduire les volontés du peuple et, pour l’autre, faire croire qu’il détient son pouvoir de droit divin.