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L'aut'journal

443 - Le Québec au menu

Un compagnon d’armes dans notre lutte pour l’indépendance du Québec

Hommage à Jean Dorion (1942-2026)

Par Pierre Dubuc

2026/01/27

J’ai connu Jean Dorion à la fin des années 1980, alors qu’il secondait Nicole Boudreau, la présidente de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, dans l’organisation des grandes mobilisations pour la langue – 30 000 personnes dans les rues de Montréal, le 17 avril 1988 – qui ont permis au mouvement souverainiste de sortir de la torpeur post-référendaire.

Lorsqu’il a succédé à Nicole Boudreau à la présidence de la SSJB en 1989, j’ai été embauché à titre de secrétaire des comités. C’était un généreux coup de pouce à L’aut’journal, alors que je devais me contenter, depuis sa création cinq ans auparavant, de petits boulots à la marge pour assurer sa survie.

À cette époque, le Conseil général de la SSJB était formé d’une douzaine de personnes aux sensibilités politiques contrastées, parfois dissonantes. Jean Dorion le présidait avec doigté, finesse et diplomatie.

La pratique au Conseil général était de produire le verbatim des délibérations. Considérant que j’étais celui qui avait la meilleure connaissance des échanges pour les avoir réécoutés et couchés sur papier, il me confiait la rédaction de son discours de bilan annuel.

Jean préparait avec minutie ses interventions publiques. Je me souviens que, pour répondre à une charge antiquébécoise de Mordicai Richler, il avait passé quelques jours à la bibliothèque à lire ses romans. Il m’avait fait part d’un constat qu’il en avait tiré : « Dans ses romans, les Québécois francophones sont anonymes, sans nom… comme les Arabes dans L’étranger de Camus ». J’avoue que cela m’avait amené à poser un nouveau regard sur l’œuvre de Camus.

La sensibilité du sociologue Jean Dorion sur la question de l’immigration est bien connue. À la fin des années 1970, il a été l'attaché politique du ministre de l'Immigration, Jacques Couture, artisan de l'accueil au Québec de réfugiés indochinois, et, plus tard, chef de cabinet du ministre Gérald Godin.

Son intérêt dépassait ce cadre professionnel. Il aimait raconter qu’il avait connu sa future épouse japonaise en répondant à une question de cette touriste dans le Vieux-Montréal. Aussi extraordinaire que cela aurait pu paraître, cette relation l’avait conduit à devenir, de 1994 à 2000, le délégué général du Québec au Japon. Il avait appris la langue et les subtilités de la culture et de la diplomatie japonaises, qu’il aimait partagées avec un plaisir non dissimulé.

Il poursuivra ses relations avec le Japon, en tant que porte-parole en matière d'affaires étrangères comme député du Bloc Québécois (2008-2011), et par la suite à titre individuel. Le Japon a reconnu la qualité de cette relation en le décorant de l’ordre du Soleil levant, la deuxième plus haute distinction japonaise.

Notre relation a été assombrie par nos positions divergentes dans le débat sur la laïcité, mais cela n’a pas diminué ma profonde estime pour ce compagnon d’armes dans notre lutte pour l’indépendance du Québec.