À propos de déclarations des dirigeants souverainistes
Pourquoi ce discours de guerre froide?
Par Robin Philpot
2026/01/27
Si les dirigeants souverainistes pensent qu’ils vont gagner des points au Québec et à l’international en sortant des boules à mites le discours et le vocabulaire maccartistes de la guerre froide, ils risquent de heurter une nouvelle muraille de Chine qu’ils auraient construite de leurs propres mains. L’actualité exige mieux des gens qui se réclament de René Lévesque ou de Jacques Parizeau.
Qu’en est-il de l’actualité?
Donald Trump souhaite annexer le Canada qui, jusqu’à nouvel ordre, englobe le Québec. Au Bureau ovale, il affiche une carte de l’Amérique du Nord aux couleurs du drapeau étasunien. Ceci fait suite à d’importants tarifs appliqués au Canada et au Québec qui bouleversent le ronron économique qui prévalait depuis 40 ans.
Il crée un « Conseil de paix » pour milliardaires dans l’intention avouée de contourner, de concurrencer, voire de remplacer, l’ONU. (Il en serait le président.) Ce Conseil a commencé son travail à Gaza, qui, dans son vocabulaire, ne fait plus partie de la Palestine et qui deviendrait une nouvelle Riviera, probablement américain, sur la Méditerranée.
Mark Carney répond en prenant des pas pour diversifier les relations économiques et politiques. Mettant de côté la politique de moralisateur basée sur les « valeurs » de Justin Trudeau, il se rend en Chine pour rétablir les relations économiques qui, rappelons-le, faisaient le bonheur pendant les années 1990-2010 de tant d’entrepreneurs québécois et canadiens (A-t-on oublié Équipe Canada?).
À Davos, il dit clairement qu’il veut être à la table, pas au menu, et que l’histoire d’un monde basé sur les règles était « une fiction » agréable. Suit le discours sur les Plaines d’Abraham où il souhaitait surfer sur le succès apparent à Davos en réécrivant l’histoire de la Conquête.
L’occasion offerte aux dirigeants souverainistes par ce périple et ces discours – surtout celui des Plaines – était inégalée. Alors qu’ils pouvaient prendre la balle au bond pour propulser l’idée d’un Québec indépendant membre des Nations unies sur toutes les tribunes, ils n’ont de cesse que de parler de « dictature communiste », de « régimes totalitaires », de nos grands « partenaires » américains ou encore, en montant sur les grands chevaux à la Justin Trudeau, d’une politique internationale « basée sur les valeurs » qu’on imposerait à d’autres.
Non pas une politique étrangère basée sur les principes fondateurs de l’ONU.
Oublient-ils que les « régimes » qu’ils attaquent, notamment la Chine et la Russie, sont des membres fondateurs de l’ONU et membres du Conseil de sécurité ? Ils sont aussi de puissants membres fondateurs de BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), qui, avec 11 pays membres et beaucoup de pays partenaires, réunit actuellement plus de la moitié de l’humanité.
Deux anecdotes utiles
S’ils se réclament de René Lévesque et de Jacques Parizeau, voici deux anecdotes qui peuvent leur être utiles.
Quand, en 1982, Margaret Thatcher, avec l’appui de Ronald Reagan, est partie en guerre pour sauver la colonie britannique des « Falklands », que les Britanniques ont pris à l’Argentine en 1841 (au même moment qu’ils imposaient l’Acte de l’Union après la défaite des Patriotes), beaucoup de monde ont exprimé leur sympathie avec les guerriers britanniques parce qu’ils n’aimaient pas le régime des généraux argentins.
Mais pas René Lévesque, alors premier ministre du Québec, qui n’a pas hésité à rappeler qu’il s’agissait des Malvinas, dont le nom vient des Malouins, et qu’elles appartenaient à l’Argentine depuis l’indépendance de ce pays.
Jacques Parizeau avait mis au point une brillante stratégie d’accession à l’indépendance avec, à l’esprit, surtout la reconnaissance internationale en 1995. Elle était basée notamment sur une reconnaissance rapide par la France qui, en vertu de la doctrine Monroe, inciterait Washington à reconnaître la souveraineté du Québec même avant la France.
En 2008, je lui ai demandé comment on devait faire suite à l’élection de Sarkozy en 2006, qui a entamé un retour de la France dans le giron américain après un retrait de plus de 40 ans initié par le général de Gaulle. Convenant que ce ne serait plus pareil, il a hésité, puis, avec un sourire, il a fait remarquer : « On a de très bonnes relations avec Lula et Dilma (respectivement président et future présidente du Brésil). »
Bref, ce n’est pas le moment de créer de nouveaux ennemis sur la scène internationale.
Un monde en bouleversement exige des réponses qui collent à la réalité et en tiennent compte. Il y va de la reconnaissance internationale d’un Québec qui aurait voté OUI, sans laquelle le Québec ne sera pas membre de l’ONU. L’heure des velléitaires qui se battent contre les épouvantails d’antan est révolue. Nos dirigeants souverainistes sauront-ils ajuster le tir?
