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L'aut'journal

443 - Le Québec au menu

Pourquoi pas un peu de politique-fiction?

Vers une souveraineté-association Québec-Ontario?

Par Pierre Dubuc

2026/01/12

Un article du Globe & Mail a suscité beaucoup d’intérêt en révélant le financement des indépendantistes albertains par le mouvement MAGA. Les auteurs ont même spéculé, advenant la tenue d’un référendum dont le résultat serait serré, que Donald Trump pourrait déclarer les indépendantistes vainqueurs et déployé des soldats à la frontière, tout en lançant une invitation à l’Alberta de devenir le 51e État.

Les commentateurs politiques ne comprennent pas pourquoi Trump voudrait annexer des territoires comme l’Alberta ou le Groenland, alors que, dans ce dernier cas, il peut, en vertu de traités, y déployer autant de soldats qu’il le désire et exploiter ses ressources naturelles.

En fait, Trump ressuscite l’impérialisme du XIXe siècle caractérisé par la constitution des empires coloniaux – basés sur l’annexion de territoires – de la Grande-Bretagne, de la France et d’autres pays européens. Au début du XXe siècle, l’impérialisme a connu une transformation majeure avec l’émergence du capital financier, fruit de la fusion du capital industriel et du capital bancaire. L’exportation des capitaux pour exploiter les ressources naturelles pouvait s’accommoder de l’indépendance formelle des pays coloniaux.

Dans le livre Allies at War. How the Struggles Between the Allied Powers Shaped the War and the World (Crown, 2025), l’auteur Tim Bouverie raconte l’histoire diplomatique de la Seconde Guerre mondiale. Il montre l’alliance entre F.D. Roosevelt et Staline pour démanteler l’Empire colonial britannique, au grand déplaisir de leur partenaire Churchill. Ils avaient encore moins de considération pour de Gaulle et l’empire colonial français.

La doctrine Donroe

Aujourd’hui, la Chine exporte d’immenses capitaux en Amérique latine. Les investissements chinois, d’une moyenne de plus de 10 milliards $ par an depuis 2010, se sont concentrés dans les secteurs miniers, énergétiques, automobiles et des télécommunications, suscitant des préoccupations sécuritaires américaines.

Des entreprises liées à Pékin contrôlent ou exploitent des ports au Pérou, au Brésil et en Jamaïque, et ont construit des installations de suivi spatial à travers l’Amérique du Sud. Le commerce entre la Chine et l’Amérique latine est passé de 12 milliards $ en 2000 à 489 milliards $ en 2023.

Les États-Unis ont perdu la bataille économique avec la Chine. Mais, dominant militairement, ils ont recours à la politique de la canonnière pour tenter d’expulser la Chine de leur zone d’influence, ou d’annexer des territoires comme le faisait l’impérialisme du XIXe siècle, d’où le recours à la Doctrine Monroe 2.0, rebaptisée Doctrine Donroe.

Et si l’Alberta faisait sécession…

L’intensification des contradictions entre les grandes puissances et le bouleversement géopolitique qui s’ensuit favorisent les changements politiques. Ainsi, dans la foulée de la Seconde Guerre mondiale, les pays coloniaux sont devenus indépendants. La fin de la guerre froide et la dissolution de l’Union soviétique ont permis l’accès à l’indépendance des anciennes républiques soviétiques.

Qu’arriverait-il au Canada si l’Alberta faisait sécession? Il est à propos de retourner au livre Confessions post-référendaires. Les acteurs politiques de 1995 et le scénario d’un Oui (Éditions de l’Homme, 2014), de Chantal Hébert et Jean Lapierre. Ils montrent qu’une victoire du Oui aurait plongé la classe dirigeante canadienne dans une incroyable crise politique. Preston Manning, à la tête des 52 députés réformistes, aurait demandé la démission de Jean Chrétien et de tout le cabinet fédéral, et fermé le Parlement.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Roy Romanow, avait formé un groupe de travail ayant pour instruction de n’exclure aucune option, y compris de rompre les liens de sa province avec la fédération canadienne amputée du Québec, de façon à ne pas être sous la domination de l’Ontario. Le premier ministre Frank McKenna du Nouveau-Brunswick a affirmé que les provinces atlantiques auraient pu décider de quitter le Canada et faire bande à part.

Si, aujourd’hui, l’Alberta quittait le Canada? Est-ce que la Saskatchewan emboîterait le pas pour ne pas se retrouver sous la domination de l’Ontario? Les Maritimes voudraient-elles faire bande à part?

La voie pourrait être ouverte pour la tenue d’un référendum gagnant au Québec, que Trump pourrait regarder avec bienveillance. Trump n’aurait aucun intérêt à annexer un État francophone qui voterait démocrate. Comme le veut le dicton anglais « Politics makes strange bedfellows » (La politique fait de drôles partenaires de lit).

Que ferait l’Ontario? Fondée par des loyalistes fuyant la Révolution américaine, elle ne voudrait sans doute pas renier son passé pour rejoindre la république du Sud. Elle pourrait alors être tentée de présenter au Québec une entente de souveraineté-association. Déjà, en 1995, à l’approche du référendum, considérant la perspective de victoire du Oui, elle avait contacté, quelques jours avant le référendum, des gens de l’entourage de Jacques Parizeau avec une offre de négociations, révèle André Binette, qui était alors conseiller juridique de Jacques Parizeau, dans son introduction à Référendum 1995. Projets de Constitution initiale et de Traité économique avec le Canada. Documents inédits (ERQ, 2021). Le message ontarien faisait référence au réalisme économique et à la conscience du nombre d’emplois en Ontario qui dépendaient du marché québécois.

Ce serait en quelque sorte un retour à l’Acte d’Union de 1840 avec le Bas et le Haut-Canada, mais avec une entente égalitaire entre deux États souverains, en s’assurant, cette fois, que le Québec n’hérite pas de la dette de l’Ontario.

Le petit caniche Legault

Bien entendu, ce ne sont là que des spéculations, mais il faut examiner différents scénarios. Chose certaine, le Québec devrait profiter dès maintenant de la volonté de Trump d’annexer des parties du Canada pour arracher des concessions à Ottawa, comme les indépendantistes groenlandais l’ont fait à l’égard du Danemark. Depuis un an, Copenhague a fortement renforcé ses investissements au Groenland.

Mais Legault ne présente aucune demande à Ottawa. Il se fait discret et se comporte comme le petit caniche de Mark Carney.