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L'aut'journal

444 - Marché de dupes

Éliane Scofield Lamarche, présidente du Syndicat des Fonctionnaires municipaux de Montréal (SCFP-429)

Une troisième crevaison pour la mairesse

Par Pierre Dubuc

2026/02/26

La nouvelle mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a fait grand cas dans les médias de ses deux crevaisons dans les nids de poule de la rue Notre-Dame. Mais une troisième « crevaison » a provoqué une collision frontale avec les employés municipaux. La mairesse a annoncé cavalièrement la suppression de 1 000 postes dans la fonction publique municipale au cours des quatre prochaines années.

Pour le justifier, les communiqués de l’administration font étalage du vocabulaire à la mode : optimisation, recentrage sur les services prioritaires, structure organisationnelle simplifiée. Mais, se demande Éliane Scofield Lamarche, la présidente du Syndicat des Cols blancs de la Ville de Montréal, « où est l’argumentaire, où sont les détails, sans parler de la nécessaire consultation avec le Syndicat ».

La présidente de plus de 11 000 fonctionnaires municipaux, regroupés dans 19 accréditations, attire notre attention sur le contexte politique général dans lequel sont décrétées ces suppressions de poste : « Le gouvernement provincial se déleste de plus en plus de ses responsabilités vers les municipalités, sans que les budgets suivent. »

« Ce n’est pas la première fois qu’on subit des abolitions de postes, ajoute-t-elle. Au cours des dernières années, elles se sont produites à répétition. Un récent rapport a montré que les montants alloués aux firmes privées en 2024 représentaient 56% de la rémunération globale des cols blancs pour la nouvelle année. Avec le constat d’une mauvaise qualité de travaux plus chers et une perte d’expertises. »

L’intelligence artificielle

Aujourd’hui, une autre inquiétude se profile. « Avec la privatisation, les tâches devaient être assumées par d’autres personnes. On cherchait à se protéger en négociant un plancher d’emplois. Mais la réponse à l’Intelligence artificielle constitue un défi. Hier, c’était l’automation dans les entrepôts, aujourd’hui et demain, c’est l’IA pour le travail de bureau. »

Éliane ne manque pas de souligner la complexité accrue du travail, les risques pour la santé mentale, qui en découle. « L’intégration de l’IA dans le travail de nos membres doit se faire en collaboration avec l’administration et dans le cadre de la négociation de la nouvelle convention collective. »

C’est d’ailleurs un des thèmes majeurs de la négo qui s’amorce. La convention collective est venue à échéance le 31 décembre dernier.

Télétravail

On aurait pu croire que le télétravail, une obligation durant la période de confinement, deviendrait désormais la nouvelle norme dans le milieu du travail. Au départ, le patronat hésitait à y recourir. Bien entendu, les économies de locaux, d’équipements, étaient appréciées. Mais, d’autre part, on déplorait le contrôle plus difficile sur le travail des employés.

Du côté de ces derniers, le télétravail est souvent présenté comme synonyme d’une plus grande liberté avec des horaires flexibles, des économies de temps en transport et d’argent en vêtements et – pourquoi pas ! – en frais de garde.

Aujourd’hui, la tendance semble s’inverser. Le patronat et les gouvernements veulent revoir leurs employés en présentiel. Ceux-ci résistent et mandatent leurs syndicats pour faire reconnaître le télétravail. C’est un des principaux enjeux de la négociation qui s’amorce.

Nous avons voulu savoir quel était l’impact du télétravail et des nouveaux instruments de communication sur la vie syndicale. « Nous avons plusieurs membres – environ 30 à 40 % – avec des horaires atypiques. Nous tenons des assemblées hybrides, c’est-à-dire en présentiel et en virtuel. Des assemblées le matin et le soir, avec la possibilité d’y assister et de voter par Zoom. Nous avons constaté une augmentation de la participation. Nous avons dû adapter et améliorer la qualité de nos présentations. »

Salarial

La question salariale est un autre enjeu important de cette négo, cette fois commun aux sept groupes municipaux (cols blancs, cols bleus, pompiers, ingénieurs, professionnels, architectes, brigadiers). L’offre de la Ville est la même pour tous : 11% d’augmentation sur cinq ans. Une offre nettement insuffisante.

Ces négos se dérouleront dans le nouveau climat des relations de travail découlant de l’adoption de la loi 14, qui limite le droit de grève et donne le pouvoir au gouvernement d’imposer un arbitrage, et le projet de loi 3 du ministre du Travail, qui vise soi-disant à « améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique des organisations syndicales », mais qui constitue une ingérence inacceptable du gouvernement dans les activités syndicales.

« Nous étions là lors de la grande manifestation intersyndicale du 29 novembre contre ces législations, qui a réuni des dizaines de milliers de personnes. Nous avons aussi participé aux activités des États généraux du mouvement syndical et serons présents au congrès du CPSM du 31 mars au 2 avril 2026 à Saint-Hyacinthe. L’unité syndicale est à l’ordre du jour, peu importe l’allégeance », conclut Éliane.