445 - Minerais du Québec, un enjeu militaire
Pour freiner la tendance à la baisse dans les sondages
L’urgence d’un virage pour le PQ
Par Pierre Sormany
2026/03/02
Alors que le Parti Québécois vient de remporter une quatrième élection partielle consécutive, dans son ancien château fort de Chicoutimi, le ton aurait dû être à la fête dans les rangs du parti indépendantiste, qui domine tous les sondages depuis près de deux ans.
Une ombre se profile pourtant, derrière ce tableau de chasse victorieux. Le gain n’est pas aussi décisif qu’on l’aurait espéré dans Chicoutimi, la circonscription la plus fortement nationaliste du Québec. Il faut dire que la déconfiture du gouvernement Legault était tellement évidente, et le résultat tellement attendu, que les gens ne se sont pas mobilisés du côté des indépendantistes. Les conservateurs, eux, avaient tout à gagner en termes de crédibilité. Et ils ont fait sortir leur vote. Résultat : ils ont recueilli 26% des bulletins exprimés, beaucoup plus que leur popularité réelle dans les sondages.
Mais la vraie douche froide est arrivée tout de suite après : un sondage Pallas Data pour l’actualité a révélé que l’avance du PQ à l’échelle du Québec, avec 30% des intentions de vote, est en recul de quatre points par rapport au sondage précédent de cette maison, en janvier. Et le Parti libéral du Québec a grimpé de trois points, dans le même intervalle. L’écart n’est plus que de trois points!
Bien sûr, la forte concentration du vote libéral dans les comtés anglophones de Montréal fait que, même à pourcentage égal, les Libéraux ne priveraient pas le PQ d’une victoire. Mais la tendance est inquiétante, comme en témoigne ce tableau de tous les sondages recensés par le site Qc125.

Une érosion qui dure depuis six mois
Regardez bien les tendances. Jusqu’en septembre 2025, le PQ oscillait entre 30 et 35 pour cent des intentions de vote. Le recul de popularité de la CAQ et un certain effritement du côté de Québec Solidaire avaient surtout profité au PLQ. En septembre, la dernière crise à QS donne un « boost » au parti de Paul Saint-Pierre Plamondon, qui atteint 38%. Mais c’est éphémère. Dès octobre, la popularité du parti commence à s’effriter.
À la mi-novembre, une crise éclate au PLQ entre Marwah Rizqi et Pablo Rodriguez. Puis le chef se fait éclabousser par des rumeurs de malversations. Il est bientôt contraint à quitter son poste. Le PQ remonte alors jusqu’à 40% dans certains sondages. Mais là encore, l’effet est éphémère. Car la tendance est claire : depuis la fin septembre, le PQ est en baisse continue.
Et depuis janvier PLQ a recommencé à grimper.
Dans les jours qui ont suivi ce dernier sondage, beaucoup d’analystes se sont étonnés. L’arrivée de Charles Milliard, encore très peu connu, ne pouvait expliquer cette soudaine ferveur des Libéraux. N’était-ce pas plutôt le comportement impérialiste de Trump face au Vénézuéla et au Groenland, et l’impact majeur du discours de Mark Carney à Davos qui ont rendu les Québécois hésitants devant la perspective d’un référendum?
Mais les analystes ont tort de chercher dans les dernières semaines la cause d’un effritement de popularité qui, si on exclut l’épisode Rodriguez, a plutôt commencé en septembre.
Et parmi les facteurs qui pourraient expliquer la méfiance grandissante d’une partie de l'électorat face au PQ, depuis six mois, je pense qu’il faut analyser le discours et l’attitude de PSPP, pendant cette période.
Le virage conservateur du PQ
D’abord, il y a eu l’accent de plus en plus fort sur le référendum qui, il faut le reconnaître, n’est pas souhaité par la majorité des Québécois. Mais il y a eu aussi un net virage vers la droite dans les prises de position du PQ, notamment depuis l’élection partielle dans Arthabaska, à la mi-août. Parce qu’ils faisaient campagne dans un comté rural plutôt conservateur, contre le chef du PCQ, Éric Duhaime, PSPP et son candidat vedette, Alex Boisssonneault, se sont clairement identifiés comme de « centre droit ».
En fait, ce n’est pas un virage si net. Le PQ flirte depuis plusieurs années avec la droite identitaire de Mathieu Bock Côté. Mais il continuait de s’affirmer « social-démocrate » dans ses orientations. Ce n’est plus le cas. Ou du moins, pas plus que ce que prônait la coalition de François Legault.
Il y a un calcul, dans ce choix. La gauche semble piétiner. Or, la première clientèle à aller chercher, ce sont les orphelins de la CAQ. Et certains des Libéraux nationalistes qui n’auraient pas fait confiance à Rodriguez, l’homme d’Ottawa.
Mais c’est oublier que c’est la construction d’un État providence dans les années 1960 qui a fait naître le fort mouvement de solidarité nationale des Québécois, et fait progresser la cause de l’indépendance. Après la défaite du deuxième référendum en 1995, le virage néolibéral et le pari de l’austérité de Lucien Bouchard ont affaibli ce sort sentiment de solidarité, ferment de l’identité québécoise.
Bernard Landry et Pauline Marois ont temporairement tenté de ranimer la flamme sociale-démocrate, avec certains programmes remarquables (je pense notamment aux garderies à 5$), mais la rupture du lien de confiance, et l’hostilité manifestée envers les néo-Québécois lors de la présentation d’une Charte des valeurs qui, sous prétexte de mettre de l’avant une laïcité moderne sans heurter les milieux traditionalistes, faisait au contraire la promotion d’une forme de catho-laïcité diviseuse, ont miné cet effort de retour aux sources. Puis le PQ a eu son épisode Péladeau. À droite toute… avec les résultats électoraux catastrophiques de 2014 (25% des voix), 2018 (17%) et 2022 (15%).
Qu’à cela ne tienne, la direction actuelle du PQ estime encore que l’avenir est à droite! Pourtant, comme le souligne avec raison le professeur Michel Roche, de l’Université du Québec à Chicoutimi (un fervent indépendantiste), « L’indépendance ne peut se faire qu’avec un mouvement de masse et nous en sommes loin ». La faible mobilisation de l’électorat indépendantiste à l’élection partielle de Chicoutimi démontre bien, selon lui, l’absence de cet enthousiasme collectif qui précède un grand rendez-vous historique.
Et ce n’est pas en courtisant la frange individualiste de l’électorat, les électeurs qui ne voient pas l’importance de la solidarité et des grands projets collectifs, qu’on fera renaître la fièvre qui nous a presque donné un pays en 1995.
Le ton hargneux de PSPP
L’autre facteur qui pourrait expliquer, selon moi, l’effritement de la popularité du PQ tient au ton belliqueux de son chef qui, depuis quelques mois, ne semble plus accepter la moindre critique. Rappelons-nous les premiers mois de Paul Saint-Pierre Plamondon à la tête du PQ. Son discours posé, réfléchi, détonnait dans un milieu politique où les biais partisans ne permettent pas toujours la nuance. Le jeune chef étonnait. Il incarnait l'idée de « faire de la politique autrement ». Même ceux qui ne croyaient pas à la renaissance de l’idée de l’indépendance étaient ébranlés par ce rêveur qui y croyait de manière aussi sincère.
Cette ouverture, on ne la sent plus. J’ai déjà déploré, dans une chronique pour L’aut’journal, son attaque malheureuse contre le milieu culturel québécois, en novembre. J’y ai aussi dénoncé sa fréquentation de cette fosse aux enragés, aux intolérants, et aux racistes que constitue la plateforme X d’Elon Musk. Et j’ai pu constater comment une meute d’intolérants s’anime à chaque fois que quelqu’un ose, dans une analyse, remettre en question le moindre volet de la nouvelle orthodoxie péquiste. À cultiver le vent, on récolte la tempête, dit le proverbe. Se pourrait-il que l’absence d’écoute de la part de cet homme qui se voit déjà premier ministre engendre chez une partie de l’électorat une réaction miroir : on cesse de l’écouter.
Les élections ne sont que dans six mois. Si l’effritement se poursuit au rythme des six derniers mois, le résultat pourrait bien être catastrophique pour le PQ. Mais est-ce assez de temps pour que le parti retrouve ses racines progressistes, son ouverture à l’autre et sa capacité d’écoute? Est-ce trop en demander?
