446 - L'itinérance cachée : d'un sofa à l'autre
Pâques et Donald J.
Le Billet
Par Michel Rioux
2026/04/14
À l’époque où la religion régulait à peu près toutes les activités, il était impérieux de « faire ses Pâques ». Il fallait dès lors se laver de ses péchés en faisant un séjour au confessionnal et, ensuite, recevoir la communion. Quiconque ne se pliait pas à ces exigences risquait de se ramasser avec une très mauvaise réputation dans le village.
En lisant plusieurs publications, j’ai pu reconstituer les bravades, mensonges et autres rodomontades proférées par le Donald J. le lendemain de cette journée de fête, le 6 avril.
Le tout avait commencé de manière plutôt surréaliste. Au balcon de la Maison-Blanche, Trump était apparu flanqué de Melania et d’un… lapin géant, qui avait les allures du Donald Duck de Disney et qui opinait du bonnet à chacune des phrases du président. Il y avait en effet chasse aux cocos dans ce haut lieu de la démocratie étasunienne.
Il commence à s’interroger à voix haute devant un parterre de producteurs de chocolat et leurs enfants. « Comment m'en suis-je sorti auprès des électeurs du secteur des œufs? Est-ce que quelqu'un, dans le secteur des œufs, a voté pour Kamala? Une personne au QI bas. C'est une personne au QI bas. Qui a le QI le plus bas, Biden ou Kamala? C'est une question difficile. »
Il raconte en long et en large l’opération de sauvetage du pilote dont l’avion a été abattu au-dessus de l’Iran. Il livre ensuite en détail le nombre d’avions et de militaires conscrits pour l’opération. Sautant d’un sujet à l’autre, il fait allusion à « des groupes » auxquels les USA auraient « envoyé des armes » pour qu’ils attaquent le régime des mollahs. Mais ils auraient « gardé les armes, car ce sont de très jolies armes ».
Aux enfants qui le suivent dans les jardins de la Maison-Blanche, Trump fanfaronne. « Je peux vous signer des autographes, vous pouvez les vendre ce soir sur eBay pour 25 000 dollars. Biden utilisait un autopen. Il était incapable de signer son nom, donc ils le suivaient avec cette grosse machine. Vous savez comment cela s’appelle? Un autopen. »
À la salle de presse, il parle de l’Iran durant 80 minutes. « J’ai tué Qassem Soleimani. J’en ai fait un autre, mais celui-là n’a pas été retenu : Oussama ben Laden. Si vous lisez mon livre, j'ai dit qu'il fallait l’abattre un an avant la chute des tours jumelles. »
De ceux qu’il traitera quelques jours plus tard de « fucking bastards » et de fous furieux, il dit : « On a eu un changement de régime. Ils sont plus intelligents, plus affûtés, beaucoup moins radicaux. On ne voulait pas de changement de régime, mais on l’a eu […] Les gens disent que je n’ai pas de plan, mais j’ai le meilleur plan, je ne vais juste pas vous le dire. »
Il ne rate pas une occasion de s’en prendre à Joe Biden et aux alliés des États-Unis: « Vous savez qui d'autre ne nous a pas aidés? La Corée du Sud ne nous a pas aidés. Nous avons 45 000 soldats en Corée du Sud pour les protéger de Kim Jong-un, avec qui je m'entends très bien. Il a dit beaucoup de bien de moi. Avant, il traitait Joe Biden de ‘‘débile mental’’. »
À la fin, ça en devient hallucinant. « Les Vénézuéliens disent que, si je me présentais à la présidence au Venezuela, je recueillerais plus de suffrages que quiconque n'en a jamais obtenus dans ce pays. Une fois que j'en aurai fini, je peux aller au Venezuela, je vais vite apprendre l'espagnol, je suis bon en langues. Je vais y aller et je vais être candidat à la présidentielle. »
Heureusement pour la suite du monde, Trump serait atteint de TACO – Trump Always Chickens Out –, comme l’a nommé un journaliste du Financial Times. Le 21 mars, il donne 48 heures à l’Iran pour ouvrir le détroit d’Ormuz. Le 23 mars, il repousse son ultimatum de cinq jours. Le 26 mars, il ajoute dix jours à son ultimatum. Le 4 avril, il rajoute 48 heures. Le 6 avril, il ajoute une journée et, le 7 avril, il annonce la destruction de la civilisation iranienne dans deux semaines si l’Iran n’obtempère pas.
Depuis, il s’en est pris au pape Léon, qu’il accuse de faire le jeu de la gauche radicale. Et le 13 avril, Trump publie un montage le dépeignant en Jésus-Christ… Faut dire que le 1er avril, dans une séance de prière à son bureau, sa conseillère spirituelle l’avait comparé au Christ, les deux ayant « été arrêtés avant de se relever et de ressusciter ».

Rien de moins !
Dans les jours précédant la fête, Le Devoir ouvrait ses pages au regretté Guy Paiement, un jésuite, qui rappelait que Pâques signifiait « se remettre debout ». À voir aller Donald J. Trump ces temps-ci, on constate que c’est le trou qu’il creuse depuis 15 mois qui devient de plus en plus profond et qui finira par l’engloutir.
